Quand Di Rupo réconcilie Staline et Trotski !

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Cela s'organise à la gauche de la gauche. Les adversaires d'hier se fédèrent autout du PTB pour peser à gauche, face au PS et à Ecolo. Même si tout cela restera limité dans les urnes.

Dans le cimetière des grandes idoles de la gauche marxiste, la Belgique serait donc arrivée à réussir ce que l’Histoire a toujours échoué à faire : réconcilier Trotski, Staline et Mao ! Voire même Bakounine, théoricien du socialisme libertaire.

Longtemps, la " petite gauche ", la " gauche de la gauche " a été divisée en chapelles qui se faisaient une guerre idéologique impitoyable. En Belgique, seul le Parti Communiste a pu durablement s’implanter dans le paysage parlementaire, ne perdant ses derniers représentants à la Chambre et au Sénat qu’en 1985.

Quel poids à l’extrême-gauche ?

Contrairement à d’autres pays (France, Italie, Espagne,…), en Belgique, c’est le Parti Socialiste qui incarnait le parti de masse des travailleurs, avec ses coopératives, syndicats, mutuelles, etc... .

Le PTB, d’inspiration maoïste, n’est apparu qu’après mai 68 et son soutien de la Corée du Nord ou des khmers rouges s’est toujours heurté aux trotskistes de la LCR ou au Parti Communiste.

Mais tout cela, surtout après 1985, n’a jamais pesé très lourd : 1,4% en Flandre, 1,6% à Bruxelles ou 1,9% en Wallonie aux législatives de 2010 pour le seul PTB. Les autres se situant sous les 0,5%... quand ils se présentaient.

Même à Liège, le PTB ne réalisait que 3,09% à ce même scrutin alors qu’il faudrait doubler ce score ce score pour tenter de décrocher un siège de député. C’est faisable et pas garanti, d’autant que VEGA, bien implanté dans la région liégeoise, pêche dans les mêmes eaux.

Le PS : même pas peur !

Le Parti Socialiste reste " zen " par rapport à cette réorganisation à sa gauche. Paul Magnette affirme qu’il n’a pas d’indications sérieuses de désaffection au détriment du PS. Il est vrai, par exemple, qu’aux dernières communales à Liège, la progression du PTB ne s'était pas faite au détriment du PS. Malgré tout, après avoir vu le PTB placer en tête de liste régionale un délégué FGTB d’Arcelor Mittal, le PS est allé chercher le président de la délégation métallo de l’entreprise. On n’est jamais trop prudent.

De même, l’engagement formel de la FGTB de Charleroi à appeler à voter PTB-GO peut peser localement.

Reste à voir quelle sera la stratégie du PS, tiraillé entre son traditionnel discours de gauche de campagne électorale et la défense du bilan du gouvernement Di Rupo, qui a certes stabilisé politiquement le pays mais lui a aussi imposé la cure d’austérité la plus rude depuis la guerre et dont les effets sociaux (exclusion du chômage) doivent encore se faire sentir, le tout dans un contexte général de hausse des pertes d’emploi. Une politique de centre-droit, martèle le MR… et ECOLO.

Pour l’instant, le PS se calfeutre derrière Elio Di Rupo et son image de père de la " nouvelle Belgique ", au-dessus des parties. Il gardera cette position le plus longtemps possible, en espérant n’avoir pas trop perdu de part de marché à sa gauche au moment où ressortiront les arguments de défense de la sécurité sociale ou de taxation des hauts revenus.

Entretemps, le PS aura réussi, à son corps défendant, à réconcilier les avatars de la pensée communiste…

 

Philippe Walkowiak

 

 

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