Quand Charles Michel récupère les fake news

Charles Michel et les Fakes News
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Le Premier ministre a donc défendu son bilan hier et en a profité pour annoncer une initiative contre les "fake news". En liant la défense de son bilan et l’annonce d’un fonds destiné à soutenir le “fact checking” (la vérification des faits), il risque de tout confondre et de tuer le projet de son ministre Alexander De Croo. 

Que dit le Premier ministre ? Je le cite "Nous tombons trop souvent dans le piège des fake news sans toujours vérifier si c’est correct. Le fact checking est essentiel dans une société fondée sur des valeurs et des libertés".  Jusqu’ici, tout le monde peut le suivre. Il annonce alors la création d’un fonds destiné à soutenir les projets de "fact checking". D'après ce qu'en dit Alexander De Croo, qui a réuni des experts pour plancher sur la question, il s'agit de soutenir le développement d’outils permettant aux citoyens de découvrir quelle organisation se cache derrière une publicité. Ou par exemple de développer des algorithmes capables de détecter la manipulation d’images vidéo. 

Récupération

L'idée pourrait faire consensus. Sous réserve de détails sur le mode de fonctionnement du fonds, il pourrait être soutenu, y compris par les journalistes. Des journalistes soucieux d'éviter que le gouvernement se mêle lui-même de déterminer le vrai du faux. Or, c'est cette précaution que Charles Michel n'a pas prise. Il a lié cette lutte pour la vérification des faits au bilan de son gouvernement. Il dit "l’action politique doit être confrontée à la réalité, à la vérité des faits plutôt qu’à la facilité des perceptions et des illusions. L’esprit critique et l’objectivation doivent être au service de la qualité du débat démocratique. Nous ne craignons pas l’objectivité des faits. Au contraire, nous la souhaitons

Et là, il résume ses réalisations (plus de jobs, parce que c’est la meilleure protection sociale,...), les présentant comme des faits incontestables. Ce qui laisse penser que dans son esprit, ce fonds gouvernemental est d’abord un outil qui doit soutenir la politique du gouvernement face à ses adversaires. Cela laisse penser aussi que ses adversaires usent de fake news pour le discréditer.

L'intention est encore plus claire dans le chef du président du MR. Il publie un communique intitulé "O. Chastel : Un bilan basé sur des faits, pour dire stop à la désinformation !"  Pour Olivier Chastel, "le bilan est précisément chiffré et sourcé. Un travail méticuleux qui rend d’autant plus crédible l’action gouvernementale fédérale. Dans ce cadre, le soutien du gouvernement fédéral à un fonds qui développera des projets de fact checking prend tout son sens". 

La récupération est complète. 

Charles Michel a-t-il été victime de fake news?

La réponse est non. Il a parfois été victime de la part de ses adversaires dans l’opposition ou de la part des syndicats d’informations imprécises, parcellaires. Il a parfois été victime de présentation partiale ou déformée des faits. Lui et son action ont parfois été caricaturés, l’inverse s’est vu aussi soit dit en passant. Mais rien qui ne tronque le débat démocratique comme on en a connu aux Etats-Unis.

Car il faut arrêter de parler de fake news à tout bout de champ. A la base c’est quoi? En anglais, fake ne veut pas dire la même chose que false. Fake news ne signifie pas un article faux mais plutôt un faux article, une publication qui se fait passer pour un article de presse sans en être un. Bref, c’est une manipulation de l’information, une campagne de déstabilisation de l’opinion publique qui porte gravement atteinte à la qualité du débat démocratique.

Or ici, Charles Michel et certains dans l’opposition galvaudent ce terme de fake news pour tenter de discréditer les critiques. Un peu comme Donald Trump lui-même qui accuse de fake news les grands journaux américains de manière incessante.  

Comme le dit le Premier ministre, "l’esprit critique et l’objectivation doivent être au service de la qualité du débat démocratique". La première chose à faire pour y arriver c’est d’arrêter de tout confondre. La lutte pour un débat démocratique de qualité méritait mieux que cette récupération. Son bilan aussi du reste, méritait mieux que ça. 
 

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