Puigdemont et la N-VA: le nationalisme contre lui-même

Bertrand Henne
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Charles Michel avait pourtant demandé à la N-VA de ne pas jeter de l’huile sur le feu. Mais rien n’y a fait ce week-end, la N-VA n'a pas dévié de sa route. Celle d'une omniprésence médiatique, d'un carpet-bombing de la petite phrase. Chaque jour, elle nourrit la bête médiatique.

Après Theo Francken, secrétaire d’État à l’Asile, c’est cette fois le ministre de l'Intérieur et vice-Premier qui s’y est collé. Représentant le gouvernement belge, Jan Jambon y est allé de ses interrogations sur le comportement de Madrid qui, je cite, "envoie la police frapper les gens, enferme des leaders d’opinion et agit à la place d’un parlement démocratiquement élu.”

Une phrase qui a déclenché l’ire du porte parole du PP, le parti populaire du Premier ministre Mariano Rajoy, qui juge ses déclarations “irresponsables et dangereuses pour le maintien d'une coopération nécessaire entre États membres de l'Union européenne". Il attaque durement les nationalistes flamands : "La N-VA est un parti nationaliste, anti-européen et contraire aux valeurs de l'UE, connu pour ses antécédents xénophobes".

Derrière la N-VA, la Belgique visée

En attaquant la N-VA, le parti de Mariano Rajoy pointe l’internationale nationaliste, le réseau de connivence séparatiste qui a si bien accueilli le président catalan en Belgique. Mais si la N-VA adore se la raconter, il faut remettre les choses en place. Carles Puigdemont est venu chercher plus que le confort d'une amicale séparatiste. Il est venu chercher d'abord une tribune dans la capitale de l’Europe. Quel meilleur lieu pour rencontrer la presse et mener une campagne en exil que Bruxelles. N-VA au pouvoir ou pas.

L’autre raison est aussi stratégique. Si vous voulez vous défendre contre un grand État centralisateur, allez dans un petit État fédéral. Pour être précis, ce n’est pas la protection de l’État qu'il est venu chercher (n’en déplaise à Theo Francken qui a joué l’opportuniste) c’est plutôt le droit et la justice belge. Une justice qui entretient des rapports moins verticaux avec l’État qu’en Espagne ou en qu'en France. Une culture juridique profondément travaillée par des décennies de conflits de légitimité entre niveaux de pouvoirs, une justice habituée aux conflits linguistiques, une justice qui jongle avec le droit des gens et le droit du sol, une justice largement acquise au fédéralisme.

L'Espagne de Rajoy, l'anti-Belgique

Dernier élément à mettre en avant pour remettre à sa place la N-VA dans cette histoire. L’attaque la plus dure contre l’Espagne ce weekend n’est pas venue des nationalistes flamands. Elle est venue d’un ancien Premier ministre, un francophone, un socialiste, Elio Di Rupo qui a dit “Puigdemont a abusé de sa position mais Rajoy s'est comporté en franquiste autoritaire. Trouvons le chemin d'une Espagne davantage fédérale".

Le leader principal de l'opposition francophone et le leader de la N-VA au fédéral se retrouvent donc dans la critique. 

Cela ne veut pas dire qu'il y a une unanimité pro-catalane dans la classe politique belge. Que du contraire. Mais il y a un sentiment assez largement ancré que le gouvernement espagnol est le vrai problème. Car, vu d'ici, l'Espagne agit de manière profondément anti-belge pour régler la question indépendantiste. La centralisation et la force plutôt que le fédéralisme et le compromis.

C’est ça que Carles Puigdemont est venu chercher ici. Ce qui crée un immense paradoxe. Car Carles Puigdemont et la N-VA ont en commun de ne pas reconnaître l'existence d'une démocratie, d'une communauté politique, à plusieurs. Les nationalistes contingentent la démocratie à une ethnie, un peuple, ou une nation. La N-VA parle toujours de deux démocraties, la Flandre et la Wallonie, en niant l'existence d'une démocratie au niveau national. Or, la reconnaissance d'un espace politique partagé est la condition minimale de réussite du fédéralisme qui aujourd'hui protège les nationalistes et dont ils font, malgré-eux, la promotion.

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