PS, N-VA, le chat et la souris

PS, N-VA, le chat et la souris
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Il y a de la brouille entre le SPa et le PS depuis quelques jours. Le SPa se montre intéressé par l’ouverture affichée par Bart de Wever. Ce n’est pas le cas du PS. La pression est donc aujourd’hui sur les épaules de Paul Magnette. Car quelques phrases de Bart de Wever ont visiblement suffi pour que le SP-A souhaite avancer dans des discussions avec les nationalistes et se distinguent fortement du parti socialiste.

Par voie de presse, il se dit que la N-VA propose une majorité flamande avec le SPA et le CD & V. Sans le VLD donc, qui est le premier visé par cette stratégie. Le VLD ayant “trahi”, Bart de Wever songe visiblement à les punir au fédéral. Toujours par voix de “off” il se dit aussi que le SPa pourrait remplacer le VLD au gouvernement flamand. Au PS on dit que c’est du Bluff. Mais le Bluff ça fait partie des tactiques de la négociation. Et le résultat est là. Le PS se retrouve sous "onder vuur".

Non et encore non

Pour PS c’est encore et toujours “non”. Car le “non” du PS est un "non" de principe à la N-VA. Or, ce genre d’exclusive reste assez exceptionnelle chez les socialistes. Car le PS est un parti qui s’est toujours distingué par son pragmatisme, son élasticité. Au PTB on dira par sa mollesse et sa compromission. Le PS a participé à des gouvernements avec à peu près tous les partis. Il s’est généralement bien entendu avec les libéraux francophones et flamands dans des gouvernements qui n’étaient pas du tout “contre nature” quand on regarde la longue histoire de ponts entre les laïques libéraux et socialistes.

De même le PS a participé à plusieurs gouvernements avec les nationalistes de la Volksunie. Le PS, avec son aile wallonne puissante, a été le partenaire privilégié des flamands pour négocier les différentes réformes de l’Etat. Le PS et la N-VA ont négocié des semaines en 2010, sans succès.

Encore récemment en 2014 dans la fameuse campagne où le MR a dit "jamais avec la N-VA", ou Ecolo, DEFI et le cdH ont dit "jamais avec la N-VA"; le PS était le seul à ne pas dire "jamais". Comme si les socialistes avaient intégré l’adage de Deng Xiaoping : peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris.

Le tournant de 2014

Mais le gouvernement de Charles Michel est passé par là. Surpris de se trouver dans l’opposition, le PS a commencé à changer son discours. Plutôt que de se focaliser uniquement sur la souris, (la réalité du pouvoir, les politiques effectivement menées) le PS a de plus en plus insisté sur la couleur du chat, c’est-à-dire les usages, la manière d’occuper le pouvoir.

L’opposition à Charles Michel est devenue plus “morale” que politique. Le PS a autant, si pas plus, critiqué la manière dont Charles Michel a occupé le pouvoir (souvenez-vous, la “fameuse marionnette de la N-VA”) plutôt que les décisions prises et ses effets. Bien sûr, les transgressions constantes de la N-VA avec les usages ont renforcé encore cette ligne. La montée en puissance du PTB et les “affaires” ont définitivement conduit le PS là où il est aujourd’hui.

C’est donc largement contraints que les socialistes ont abandonné la souris (l’objectif) pour s’occuper de la couleur du chat (la manière). Ou plutôt, pour considérer qu’avec un chat noir et jaune ils n’attraperont jamais de souris. Encore dit autrement, la manière de faire de la politique, avec qui on fait de la politique, est aussi important que l’objectif, le résultat.

Ce que Bart de Wever fait aujourd’hui c’est annoncer qu’il change de couleur. Il laisse entrevoir à l’opinion, surtout en Flandre, que c'est la N-VA le grand parti pragmatique. Il laisse penser que c'est lui le "Deng Xiaoping" et le PS l'ideologue qui refuse d'attraper la souris à portée de main. Or, le PS a bâti toute sa campagne sur le rejet du chat noir et jaune, il ne peut plus reculer. Paul Magnette a donc, provisoirement, le rôle du mauvais chat. Miaou…

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