PS et PTB, les irréductibles

PS et PTB, les irréductibles
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Le PS et PTB ne sont pas parvenus à former une majorité à Herstal, la dernière commune où ils négociaient encore. La grande question est: l'incompatibilité est-elle ontologique? Ces deux gauches sont-elles, au fond, tellement différentes dans leur ADN qu’elles ne peuvent s’allier et ne le pourront jamais?

Ou cette incompatibilité est-elle stratégique? Aucun des deux partis ne souhaitant pour l’heure s’ouvrir à l’autre. Le PTB pour garder sa virginité d’éternel tribunitien, le PS pour éviter un procès en radicalisation de la part de toute la classe politique. Vaste question, la réponse est selon moi que cette période de négociation a montré que PS et PTB sont fondamentalement inconciliables.

Qu’est-ce qui les éloigne tant l’un de l’autre?

PS et PTB ne vivent pas dans le même monde. Ils ne conçoivent pas l’espace politique de la même manière. On est face à un clivage que l’on retrouve en France ou en Espagne entre gauche radicale et socialisme historique. Le PS reste profondément gestionnaire et conçoit l’espace politique comme un espace où coexistent à la fois le rapport de force et la délibération rationnelle entre adversaires. C’est pour ça que le PS peut s’allier avec un adversaire comme le MR. Le PTB ne le peut pas et ne le pourra jamais (sauf s'il change de logiciel) parce qu’il rejette cet espace politique là. Un espace qui est devenu comme un théâtre qui oublierait l’essentiel : les rapports de forces, les oppositions de classes.

L’espace politique du PTB est celui des antagonismes irréductibles. C’est l’expression de la très influente philosophe belge Chantal Mouffe et son populisme de gauche. Même si le PTB n’en fait pas sa philosophie officielle comme la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, son action en est largement inspirée.

Mouffe et le populisme de gauche

Chantal Mouffe juge que les partis de centre gauche et de droite ne se distinguent au fond que par du marketing mais sont néolibéraux. Pour elle, la gauche radicale doit construire, comme la droite populiste, un peuple. Et pour ça, il faut créer un clivage entre un  “nous" et un "eux”. Pas entre immigré et belge de souche, mais entre “le peuple qui souffre de la mondialisation” et l’élite qui en profite. Depuis 10 ans, depuis la fameuse campagne des nez rouges où les politiques de Di Rupo à Van Rompuy étaient tous traités comme des clowns sur les affiches du PTB, le parti est dans cette optique là.

Ces négociations démontrent et confirment qu’entre PS et PTB, ce n’est donc pas un désaccord sur des politiques qu’il est ou non opportun de mener, ni même un désaccord sur la manière de faire de la politique, mais un désaccord sur ce qu’est la politique.


 

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