PS et PTB inaugurent la saison des amours

Le printemps s’invite en avance, et la saison des amours aussi. PS et PTB main dans la main, majorité-opposition, socialiste-communiste. PS et PTB ensemble au Parlement pour cosigner une proposition de loi. C’est un fait assez rare. Ce qui est même carrément unique c’est qu’on parle ici d’une proposition de loi PS-PTB qui va à l’encontre de l’accord de gouvernement dans lequel est désormais le PS.

Duo liégeois

Cette proposition est signée par deux Liégeois. A ma gauche le député socialiste Marc Goblet, ancien président de la FGTB, à mon autre gauche Raoul Hedebouw député et porte-parole du PTB.

Cette proposition concerne la loi qui encadre la négociation des salaires. Actuellement la loi prévoit un mécanisme assez coercitif. C’est une norme maximale fixée par le conseil central de l’économie via un calcul complexe. Cette année la norme maximale est fixée à 0,4%. Cela suscite une intense colère dans le monde syndical ou l’on signale que dans certains secteurs, comme la distribution, les profits ont augmenté, et que dans ces secteurs-là on devrait pouvoir augmenter les salaires au-delà de 0,4%.

La proposition socialo-communiste va donc dans le sens des syndicats et propose que la norme ne soit plus un plafond mais une norme indicative ce qui permettrait de libérer la négociation sur les salaires qui à lieu en ce moment entre patronat et syndicat et qui ne se passe pas bien du tout. D’ailleurs des actions sont prévues aujourd’hui et demain par le front commun syndical.

Particip-opposition

Le problème, c’est donc que l’accord de gouvernement prévoit explicitement de ne pas revoir cette loi sur les salaires. C’est un des grands acquis du gouvernement précédent de Charles Michel. Contre l’avis des syndicats et avec l’aval des organisations patronales, le gouvernement "suédois" a modifié la loi de 96 avec l’intention affichée de modérer les salaires de réduire l’écart salarial avec les pays voisins et de rendre l’économie belge plus compétitive.

Aujourd’hui le nouveau gouvernement compte quatre partis de gauche, PS, spa, Ecolo, Groen qui s’étaient tous opposés durement à la suédoise sur ce point. Mais ils ne sont pas parvenus durant la négociation gouvernementale à faire plier les partis qui faisaient partie de la Suédoise, MR, VLD et CD&V (qui avaient piloté cette réforme avec Kris Peeters).

Aujourd’hui cette proposition de loi cosignée par un député socialiste est donc un acte de Particip-opposition. C’est-à-dire une stratégie qui vise à s’opposer a un gouvernement dont on fait partie.

Initiative socialiste ou isolée ?

La question c’est de savoir si Marc Goblet est soutenu par son parti. Et il faut reconnaître que les voies du boulevard de l’empereur sont parfois impénétrables. Marc Goblet a en tout cas averti son chef de groupe Ahmed Laaouej et son parti, qui n’a pas pu ou voulu interdire cette initiative.

Il faut dire que chaque partie y trouve son intérêt.

Le PTB espère bien démontrer qu’il peut être utile. Il espère contrecarrer les reproches de parti de tribune juste bon à s’énerver au Parlement et monter des petites vidéos virales. Contrer le reproche d’affaiblir la gauche en attaquant tout le temps de le PS. Même si on ne peut s’empêcher de penser que le plan du PTB est aussi de démontrer que le PS est en grande difficulté comme parti de gouvernement.

Mais le PS peut aussi espérer un retour de cette affaire. Il réalise sans trop de danger une ouverture vers sa base syndicale et évite de faire du PTB le seul relais possible. Il s’agit donc aussi de couper l’herbe sous les pieds communistes. Car par cette signature le PTB devient un peu plus "réformiste". En effet, il s’est opposé jusqu’ici à cette loi. Or aujourd’hui les communistes signent une proposition de loi "réformatrice" ce qui veut dire qu’il accepte son existence. Le PS dégoupille donc un argument du PTB contre lui. Il pourra rappeler aux communistes quand ils s’emporteront contre leur ministre qu’il est aussi un parti réformiste.

Bref, la saison des amours commence alors que la saison de la chasse n’est pas terminée. PS et PTB espèrent se renforcer et secrètement peut-être affaiblir l’autre.

Tout ça nous rappelle le bon mot d’Emile Vandervelde : "Il est plus facile de faire des socialistes ministres que d’être et de rester des ministres socialistes dans un gouvernement de compromis et de trêve." C’était il y a un siècle déjà et pour les socialistes, sur ce point, rien n’a vraiment changé.

 

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