PS et N-VA face à leurs frères ennemis

PS et NVa face à leurs frères ennemis
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Jusqu’ici, le nord et le sud vivaient une forme de symétrie dans la négociation. Les deux mâles dominants au nord et au sud ont d’abord géré le problème posé par leurs "extrêmes". Extrême gauche pour le PS et extrême droite pour la N-VA. Les deux sont testés, comme un passage obligé avant d’aller former des coalitions plus "réalistes". La N-VA gère le Vlaams Belang et le PS le PTB. Mais la symétrie n’est plus là aujourd’hui, le PTB est “out”, pas le Belang. C’est donc bien une asymétrie que l’on observe désormais sans doute pour quelques jours.

On a souvent entendu dire que Belang et PTB étaient deux faces d’une même pièce populiste. Faut-il dire, qu’en termes de contenu, l’analyse ne tient pas la route, pas plus en termes de stratégie. Par contre, il est vrai qu’ils touchent en partie le même type d’électorat dégoûté de la politique avec un discours anti-establishment. Pour le reste, la comparaison s’arrête là et l’asymétrie qu’on observe aujourd’hui le montre bien.

Le Vlaams Belang est candidat au pouvoir, pas le PTB

C’est la première grande différence. Observons comme les deux partis construisent leur récit depuis les élections. Observons comment se déchirent les familles.

Le Vlaams Belang fait profil bas, joue le jeu du pouvoir qu’il dit être prêt à assumer, montre les convergences avec la N-VA. La N-VA les reçoit par trois fois. Et dans quelques jours sans doute, l’hypothèse d’un gouvernement N-VA-Vlaams Belang qui n’a pas de majorité sera rejetée faute d’avoir pu trouver un troisième partenaire. Il va être très intéressant de voir comment ces deux-là vont se déchirer. Mais on risque bien de se retrouver dans un scénario où la réunion de famille nationaliste a été empêchée par les autres… ceux qui ne sont pas de la famille. Le VLD, le CD&V et le sp.a.

Ceci nous rappelle que le Vlaams Blok, dont est issu le Belang, est une dissidence de la Volksunie, l’ancêtre de la N-VA. Oui il y a bien une famille nationaliste en Flandre qui s’est déchirée en deux branches. Deux branches qui se sont désignées longtemps comme ennemies. Une division que Bart De Wever s’est donnée comme projet de dépasser. Quand Bart De Wever va aux funérailles de Karel Dillen, fondateur du Vlaams Blok, c’est parce qu’il sait d’où il vient. Quand il dit au soir des élections que la N-VA a perdu mais que les nationalistes ont gagné, il sait où il va. Il a un objectif : qu’il n’y ait plus d’ennemis à l’intérieur de la famille nationaliste mais seulement à l’extérieur. Cette proximité familiale explique la porosité qu’on peut observer entre les candidats des deux partis.

Le PTB et le PS

Rien de pareil au sud. Car la gauche n’est pas une famille. Elle ne l’a jamais été. C’est la grande différence. C’est une illusion et le déchirement PS-PTB le montre une nouvelle fois. Il y a d’abord une différence majeure entre la gauche marxiste et non marxiste. Ecolo et PTB ce n’est pas la même famille, même pas les branches d’une même famille.

Pour ce qui nous occupe, au sein de la gauche marxiste, il y a une différence profonde entre les marxistes révolutionnaires d’où vient le PTB et les marxistes réformistes d’où vient le PS. Cette division traverse les marxistes au moins depuis la fin du 19e siècle.

Il n’y a pas de famille à réunir car il y a plusieurs familles à gauche. Le PTB n’est pas une dissidence du PS, ni même une dissidence du Parti Communiste. C’est un parti issu de mai 68 qui s’est construit sur une lecture très étroite et stricte du capital de Karl Marx. Le parti communiste belge était jugé révisionniste et les socialistes jugés comme des traîtres vendus aux capitalistes.

Il n’y a pas d’histoire commune, de fil à renouer. Le PTB a bien évolué mais il garde dans son ADN l’idée que la social-démocratie est le problème, pas la solution, que le PS est son ennemi, autant (si pas avant) que le capitalisme. Avec un tel logiciel, il ne peut pas s’allier au PS et ne le pourra jamais. De son côté, le PS le lui rend bien ne considérant jamais le PTB comme un partenaire potentiel.

A la différence de ce qui existe entre la N-VA et le Vlaams Belang, il n’y a aucune porosité entre les cadres du PTB et PS. Aucun transfuge, aucun contact même. Parce que la N-VA et le Vlaams Belang sont des frères ennemis, séparés depuis 40 ans. Mais des frères quand même. Le PTB et le PS ne sont pas des frères. Ce sont des ennemis tout court…

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