Prix Nobel d'ignorance!

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Bart De Wever a-t-il perdu la main ? Incontournable du 10 juin 2010 au 21 juillet 2011, la N-VA éprouve depuis la fête nationale… belge (sic) quelques difficultés à peser sur le cours des choses.

Depuis le scrutin, les nationalistes avaient un postulat : garder la main sur le "camp flamand" et singulièrement le CD&V. La reconstitution de facto de l’ancien cartel rendait arithmétiquement impossible tout accord.

Le tournant a sans doute commencé le 7 juillet quand Bart De Wever rejetait avec outrance et caricature la note du formateur. Ce jour-là, la presse flamande n’a pas suivi mais le président de la N-VA comptait bien à ce moment-là entraîner le CD&V dans son refus de négocier sur cette base.

Les chrétiens-démocrates paraissaient alors irrémédiablement "scotchés" aux nationalistes et il fallait à l’époque être naïf, disait-on, pour croire à la séparation des deux amants. Les "naïfs" ont eu raison ou plutôt, plus politiquement, les élus de base du CD&V ont fait comprendre à Wouter Beke et Kris Peeters qu’il était suicidaire de rester collé à la N-VA, qu’un échec provoquerait des élections potentiellement mortelles pour le parti. Dans la nuit du 21 au 22 juillet, Wouter Beke se désolidarisait de Bart De Wever et entrait dans la négociation avec BHV pour préalable.

En deux mois, le CD&V aura obtenu ce que la Flandre nationaliste demande depuis 50 ans : la scission tant de l’arrondissement électoral que du judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Désormais, il y a un parquet de Hal-Vilvorde et les francophones de Gooik ou de Kapelle-op-den-Bos ne pourront plus voter que pour des listes se présentant exclusivement en Flandre. Bien entendu, pour en arriver là, il aura fallu faire des concessions.

On pensait que Bart De Wever allait pouvoir s’en donner à cœur joie. Mais sur la scission de l’arrondissement électoral de BHV, il pointait principalement… la défaite d’Olivier Maingain ! Le président de la N-VA a voulu changer de ton sur la scission de l’arrondissement judiciaire de BHV, estimant qu’accepter des juges francophones c’est comme "accepter des juges marocains à Anvers ou turcs à Gand !" Il est intolérable pour lui que l’on juge en français en Flandre.

"On devrait lui attribuer pour cela, le Prix Nobel d’ignorance !" lui répond dans "De Standaard", le sénateur honoraire CD&V, Hugo Vandenberghe, éminent juriste et présenté en Flandre comme le père spirituel de la scission de l’arrondissement judiciaire de BHV. C’est en effet une loi de… 1935 qui fixe l’emploi des langues et garantit à un justiciable d’être jugé dans sa langue. Bart De Wever se trompe, conclut-il. Il y a un peu plus de trois mois, on n’entendait personne oser critiquer le chef de file de la N-VA qui se comportait en président de la république de Flandre.

Le règlement des problèmes communautaires est une mauvaise affaire pour le fonds de commerce électoral de la N-VA.

Les temps ont changé et Bart De Wever peine à reprendre pied. Mais, on le sait également, l’homme a de la ressource.

Philippe Walkowiak

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