Pourquoi est-il si compliqué de considérer qu'un indépendant n'est pas l'autre ?

Depuis le début de cette crise sanitaire, les aides octroyées aux indépendants le sont principalement dans une logique de forfait. Des aides parfois identiques, pour des situations complètement différentes. Avec potentiellement des conséquences désastreuses pour de nombreux indépendants. Pourquoi est-ce si compliqué de considérer qu'un indépendant n'est pas l'autre ?

Le contraste

Les conséquences économiques de cette crise sanitaire ont pourtant très rapidement mis en lumière les disparités qui existent au sein des employés. Dès le mois de mars, nous avons vu. Qu’il y a des salariés qui perdent des revenus, et d’autres non. Ceux qui télétravaillent et ceux qui sont contraints de bosser sur le terrain. Ceux qui remplissent des missions qualifiées d’essentielles, pour un salaire parfois maigre. Tout le monde a, semble-t-il, pris ou repris conscience des contrastes existants dans l’emploi.

Les indépendants sont restés "les indépendants"

Mais pas pour les indépendants. Depuis neuf mois, ils sont restés "les indépendants" – présentés sur la place publique comme un groupe homogène, et qui souffre, en dépit des différences bien réelles au sein de "les indépendants". Et pourtant, les chiffres sont clairs. Tous ne souffrent pas de la même manière. Le ralentissement des activités économiques est asymétrique, et cette asymétrie existe aussi pour les indépendants.

Les derniers chiffres de Statbel publiés hier pour le commerce de détail viennent à nouveau illustrer l’hétérogénéité des réalités sectorielles. En octobre, et par rapport à l’année passée, il y a des catégories de produits qui se vendent plus. Les ventes à distance, principalement en ligne, explosent. Et puis il y a l’habillement et le textile : – 10%. Et puis, faut-il vraiment aborder le cas des indépendants actifs dans l’évènementiel, le transport, ou le tourisme ?

Logique forfaitaire

Malgré les éclatantes différences, les aides publiques de soutien qui sont versées aux indépendants depuis le mois de mars le sont principalement dans une logique forfaitaire. Il y a bien quelques distinctions qui sont faites en fonction du chiffre d’affaires en baisse, ou des fameux codes NACE – ces codes censés répartir les activités, secteur par secteur.

Mais, d’une part ces codes NACE sont avant tout un outil statistique – destiné à faire des études statistiques. Ils n’ont pas de valeur légale. Ensuite, le chiffre d’affaires qui baisse, indicateur qui permet de compenser une baisse des activités - désolé pour l’axiome - ne dit en revanche rien de ce que coûte réellement à un indépendant, le maintien en vie de son activité en attendant la reprise.

Pourquoi ne pas affiner ?

Or, deux indépendants qui pour assurer leur survie, ont des réalités économiques très éloignées, peuvent très bien recevoir aujourd’hui un soutien public qui sera comparable, voire presque identique.

Entre un consultant qui gagne 120.000 euros par an et qui, pour seules charges, doit compter un peu de chauffage, du café et un ordinateur portable, et un patron de restaurant qui voit ses revenus parfois réduits à néant, tout en ayant des dépenses importantes, il n’y a aujourd’hui parfois pas de grande différence qui est faite.

Ce manque de différenciation complique en fait la survie de certaines activités d’indépendants. Et chaque jour qui passe augmente la probabilité d’un tsunami de faillites

Reconnaissons que les aides forfaitaires ont été, en début de crise, une manière de réagir vite pour aider les indépendants. Avec le sens de l’urgence qui prévalait au moins de mars, il fallait frapper fort et frapper simple, d’où l’idée – efficace – d’un forfait. Mais nous sommes neuf mois plus tard. Et neuf mois plus tard, cette logique forfaitaire n’a que très peu évolué.

Des aides largement insuffisantes

Résultat de ce manque d’affinage, certains indépendants ont vu leur revenu imposable augmenter. Mais surtout, certains d’entre eux reçoivent des aides largement insuffisantes pour couvrir leurs coûts – tout en gardant un revenu décent. Ce manque de différenciation complique en fait la survie de certaines activités d’indépendants. Et dans les circonstances actuelles, chaque jour qui passe nous rapproche de problèmes de solvabilité et augmente la probabilité d’un tsunami de faillites.

Déclaration sur l’honneur

Qu’est-ce qui pourrait être fait ? Une idée circule : des déclarations sur l’honneur. Un formulaire rapide et facile – qui éviterait aux indépendants de devoir déterrer des kilos de paperasses, et qui éviterait de surcharger inutilement les caisses d’assurances sociales déjà débordées.

Cette possibilité, assortie de la promesse de contrôles et de sanctions pour ceux qui voudraient abuser des aides publiques, permettrait de tenir compte de la situation réelle de chacun. Pour calculer plus finement la prime octroyée aux indépendants.

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