Julie Van Espen: pour ne pas devenir un état voyou…

Julie Van Espen: pour ne pas devenir un état voyou…
Julie Van Espen: pour ne pas devenir un état voyou… - © Tous droits réservés

On reparle beaucoup en Flandre du meurtre de Julie Van Espen, cette étudiante tuée près d’Anvers en mai dernier par un violeur récidiviste. On en reparle, car ses parents ont écrit une lettre ouverte qui fait beaucoup de bruitIls demandent aujourd’hui des comptes à la Justice et aux responsables politiques.

Une affaire politique

Car le meurtre de Julie Van Espen est une affaire politique. Au sens très large du terme, comme l’affaire Dutroux, elle marque la société, ici en particulier la Flandre. Elle marque les citoyens et questionne les institutions.

Ce meurtre intervenu trois semaines avant les élections a profondément ému au nord du pays. En particulier la jeunesse. Il explique peut-être en partie la bonne performance du Vlaams Belang chez les 18-23 ans, les primo votants.

Rappel des faits. Julie Van Espen était étudiante. Originaire de Schilde. Elle était partie à vélo de chez elle en direction d’Anvers pour y rejoindre des amis. En chemin elle croise Steve Bakelmans. Deux jours plus tard son corps est retrouvé dans le canal Albert. Steve Bakelmans a reconnu avoir tué la jeune femme de 23 ans lors d’une tentative de viol. Il s’avère que Steve Baekelmans était un récidiviste.

La justice sous pression

Le Conseil supérieur de la Justice diligente un rapport. En 2017 il est condamné pour le viol de son ex-compagne à 4 ans de prison en première instance. Steve Baekelmans fait appel, mais, premier problème il reste en liberté car le tribunal ne demande pas d’arrestation immédiate. Il y avait pourtant des précédents, mais le tribunal n’en tient pas compte faute d’accès aux données.

Une deuxièmes salve de problèmes survient devant la cour d’appel. Le dossier Baekelmans n’est pas considéré comme prioritaire alors qu’il aurait dû l’être. Faut de magistrats en suffisance il est reporté. En 2018, la chambre est fermée, des pièces importantes sont absentes du dossier. Toujours libre, Baekelmans croise Julie Van Espen en mai.

Le Conseil supérieur parle de dysfonctionnements, mais pas de fautes individuelles de la part des magistrats.

Lettre ouverte

Ce n’est pas l’avis des parents de Julie qui demandent des comptes. Pour eux le rapport du Conseil supérieur ne va pas assez loin. Ils écrivent cette phrase très lourde : "Julie serait encore en vie si chacun au tribunal avait pris ses responsabilités".

Les parents demandent la mise en place d’un comité de surveillance de magistrats. Un comité qui sanctionne en cas d’erreurs et de fautes. C’est la demande la plus compliquée à mettre en place. Car heureusement, la Justice ne fonctionne pas comme une entreprise contrainte par l’efficacité et le rendement. L’indépendance des magistrats doit être garantie. De plus les magistrats ne peuvent éviter l’erreur. S’ils encourent des sanctions le risque c’est qu’ils recourent encore plus qu’aujourd’hui à la prison et délaisse les thérapies et peines alternatives pour éviter tout reproche.

D’autres demandes sont par contre malheureusement du domaine de l’évidence. De l’évidence du constat calamiteux dans lequel se situe la justice.

Les parents demandent que la numérisation de la Justice soit enfin une réalité, pour éviter que des pièces puissent manquer. Ils demandent un suivi obligatoire des auteurs de violences sexuelles. Ils demandent que les tribunaux aient les moyens de juger dans les délais.

De l’organisation et de l’argent…

C’est-à-dire ce qui est demandé sans répit depuis des années par le monde de la justice, magistrats, avocats au nord et au sud du pays.

De l’organisation et de l’argent…

Bien sûr certaines réformes qui paraissent simples, ne le sont pas du tout. Toutes les idées des parents de Julie ne sont pas évidentes.

Mais de l’organisation et de l’argent…

Qu’un pays comme la Belgique, qui a été à ce point bouleversée par l’Affaire Dutroux, puisse encore hésiter à tout mettre en œuvre pour que la Justice soit à la hauteur des attentes citoyennes est incompréhensible.

De l’organisation et de l’argent… Et du respect pour le citoyen. Pour de pas devenir un Etat Voyou comme le disait le plus haut magistrat du pays. Car c’est simple, les parents de Julie démontrent qu’il n’y a pas de démocratie sans justice. Et qu’il n’y a pas de justice sans organisation et sans argent.

 

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