Pour en finir avec la peur des élections...

Pour en finir avec la peur des élections...
Pour en finir avec la peur des élections... - © Tous droits réservés

Le Roi consulte, les affaires courantes pointent le bout de leur nez. Sauf énorme surprise, on n'ira donc pas voter. Est-ce normal ? Non, ce n’est pas normal. Mais rien n’est vraiment normal depuis 4 ans. Et depuis trop longtemps. Soyons de bon compte, nos institutions sont un labo du petit chimiste depuis bien longtemps. 

Oui, c’est pourtant la simple logique qui devrait nous conduire aux élections anticipées. Mais, bien sûr, chacun fait ses calculs.

Il y a trois catégories de partis. Ceux qui pensent pouvoir y gagner et se drapent dans la défense de la démocratie pour défendre leur position (la N-VA, le Vlaams Belang, le PP). Deuxième catégorie, ceux qui pensent y perdre et se drapent dans la stabilité du pays pour leur défense (c’est le cas du MR ou du PS). Et puis, il y a ceux qui pensent y gagner mais qui n’osent pas le dire de peur de le dire (c’est le cas d’Ecolo et peut-être du VLD).

Bref, il n’y a pour l’heure pas de majorité pour faire respecter l’évidence. Quand il n’y a plus de majorité autour d'un gouvernement et qu’il n’y en a pas de rechange, on se retourne avec humilité vers le citoyen et on lui rend les clefs.

Une horreur politique

Il y a un argument qui tient la route pour éviter les élections anticipées : des élections risqueraient de compliquer fameusement la vie politique du pays et potentiellement le bien-être des citoyens.  Car si les chambres sont dissoutes aujourd'hui, on votera fin janvier, début février. Ce qui veut dire qu'il y aura une formation de gouvernement alors que se tient une autre campagne électorale pour les régionales et les européennes. C’est compliqué à gérer, il faut bien le reconnaître. On a eu un scrutin en octobre et ça a bouté le feu au fédéral avec la N-VA qui a changé de position sur le pacte de Marrakech.

À part cet argument là, les autres sont tous très contestables et, il faut bien le dire, cachent assez mal la peur des élections. Comme si obliger le citoyen à aller aux urnes à quelques mois d’intervalle était quasiment suicidaire. Et le pire c’est que c’est bien possible.

Phobie du vote

Cette phobie du vote n’existe pas que chez les politiques. Beaucoup de citoyens râlent déjà par réseaux sociaux interposés en disant que si on leur impose une fois de plus d’aller voter ils se vengeront sur les partis qui ont déclenché l’élection. C’est ça qui n’est pas normal au fond. Nous n’avons plus une relation apaisée avec les scrutins. Peut-être parce que le vote perd petit à petit de son sens, que l’électeur juge que les dés sont jetés, que son vote ne compte pas. (Ce qui est discutable puisque si on est en crise c'est justement parce que des partis, la N-VA et le MR, ont tenu compte des signaux envoyés par les citoyens le 14 octobre.) 

Le paradoxe, je pose ça là avant Noël, c'est que la seule manière de sortir de cette méfiance mutuelle, c’est d’aller voter, re-voter et voter encore. Aller par exemple, vers un système à la Suisse, où l’on vote au moins 4 fois par an. Avec un mix de démocratie directe et indirecte.

Pour ne plus en avoir marre de voter, il faut donc se préparer à voter souvent. Pour que chacun puisse retrouver le sentiment de peser sur le destin collectif. En passant, pour faire ça, il faudra changer la Constitution et passer par une réforme institutionnelle. C’est l’autre tabou absolu des partis côté francophone. Personne n’osera vous parler de ça durant la campagne de peur de recevoir une fessée magistrale de l’électeur. Or, ne pas demander de réforme de l’État c’est au fond faire comme si le fédéralisme actuel fonctionnait bien. 

 

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