Plan de relance : la relance du compromis à la belge ?

Plan de relance : le début d’une nouvelle culture politique ?
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La Belgique aura bientôt un plan de relance. Les différents gouvernements se sont entendus à propos des 6 milliards d’euros que la Commission européenne octroie à la Belgique. Il fallait d’abord répartir cette enveloppe entre les différents niveaux de pouvoir, ce qui était loin d’être simple. Aujourd’hui c’est fait et sans trop de casse communautaire.

Répartition

Ce n’était pas gagné du tout. Souvenez-vous de la boutade du président du VOKA qui estimait que sur base de la qualité des projets sélectionnés la Flandre devrait obtenir toute l’enveloppe. Moins gourmand, le ministre N-VA Flamand Matthias Diependaele estimait lui que la Flandre devrait obtenir au moins 60% de l’enveloppe. C’est-à-dire tenir compte de la population mais pas de la situation économique des Régions.

Finalement l’enveloppe de 5,9 milliards se répartit comme suit. La Flandre aura bien moins que 60%, mais à peine la moitié : 2,25 milliards. L’Etat fédéral : 1,45 milliard. La Wallonie 1,48 milliard, la fédération Wallonie Bruxelles 500 millions. Bruxelles 395 millions et n’oublions pas les germanophones 50 millions.

C’est donc dans les entités fédérées que la très grande majorité de la somme est investie (80%). Sur le plan de l'équilibre nord-sud, les francophones reçoivent ensemble 2,3 milliards soit un peu plus que la Flandre.

Equilibré ?

Est-ce que c’est équilibré ? Tout dépend quel critère on prend en compte. Si on tient uniquement compte de la population, critère mis souvent en avant par la Flandre, alors ce n’est pas équilibré puisque la Flandre reçoit moins en proportion que sa population et les francophones plus.

Mais si l’on prend en compte l’esprit de ce plan qui vient en aide aux régions en difficultés économiques en Europe tel que prévu par la Commission, alors la Wallonie et Bruxelles reçoivent moins que ce à quoi elles pouvaient prétendre. C’est ce que Elio Di Rupo a souvent souligné. Si la Belgique a obtenu ces 5,9 milliards d’euros, c’est malheureusement parce que les indicateurs de l’économie au sud du pays sont moins bons que la moyenne en Europe.

Au bout du compte, on se retrouve avec une situation assez classique, chacun obtient moins que ses positions initiales, chacun est déçu. Et on peut toujours se consoler en se disant qu’on obtient plus que ce que l’autre voulait qu’on obtienne. Être à la fois satisfait et déçu. C’est le signe du compromis. On signalera, que Bruxelles semble plus déçu que les autres. Certains jugent que la Wallonie et la Flandre se sont servis sur le dos de la capitale. La secrétaire d'État bruxelloise Ecolo, Barbara Trachte, estime que "Bruxelles concentre les secteurs les plus impactés par la crise et demande des explications au secrétaire d’État fédéral, Thomas Dermine." Il faudra observer jusqu'où iront les critiques d'Ecolo. 

Symbole de la nouvelle Belgique ?

Le plan de relance est un dossier hautement stratégique et symbolique. Car c’est, pour le nouveau gouvernement, le premier grand dossier compliqué, hors gestion de la pandémie, qui aboutit. Le Premier ministre et le PS qui gèrent le dossier avec Thomas Dermine vont largement communiquer là-dessus. Pour eux il s’agit d’imprimer ce qui est sans doute le cœur du projet du gouvernement de grande coalition, une forme de résilience de la Belgique, une nouvelle culture politique fédérale, faire fonctionner le machin informe issu de la 6e réforme de l’État.

Une sixième réforme qui à conduit à un État baroque et à une culture de la gestion publique de la déresponsabilisation et de la procrastination. Une sixième réforme de l’État, qui a contribué avec d’autres facteurs, à dégrader le crédit des partis traditionnels et grippé la culture du compromis. Le plan de relance est, après le covid, une première pierre pour relancer un fédéralisme de coopération.

Mais il faut noter qu’il s’agissait ici d’un apéro. Se mettre d’accord pour dépenser de l’argent n’est pas le plus compliqué. D'autant plus que ce n’est pas notre argent, c’est celui de l’Europe, ce qui aide. Quand arrivera le plat consistant, quand il faudra se mettre d’accord sur des plans d’économies, sur une réforme fiscale, sur une septième réforme de l’État, cette solidarité dans l’action sera mise à toute autre épreuve. N’insultons pas l’avenir, mais le grand soir de la gouvernance est encore loin.

Les coulisses du pouvoirs sur La Première, chronique de B. Henne: 12/01/2021

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