Paul Magnette, Bart de Wever, droit dans les yeux

Le PS est-il prêt à aller dans un gouvernement avec la N-VA ? A l’approche du 21 juillet la question se pose de plus en plus. Cela revient à se demander pourquoi ce qui n’a pas fonctionné jusqu’ici fonctionnerait aujourd’hui ?

D’abord parce que la situation sanitaire, économique et sociale a changé et bouleversé la donne. C’est évident. Dans ce contexte différent la stratégie menée par les "trois rois", MR, VLD et CD&V porte ses fruits. Le PS sent qu’il court le risque d’être contourné. Peut-être par une formule Arizona même si cela reste peu probable. Plus certainement contourné par la poursuite de l’actuel gouvernement.

Même très minoritaire, il pourrait se maintenir jusqu’au bout de la législature en profitant de la situation extrêmement difficile du pays pour éviter ou refuser un retour aux urnes. Ce trio est capable d’engranger un accord historique pour les soins de santé, il pourrait boucler aussi un plan de relance, et continuer comme ça. Mener une politique aux accents keynésiens sans les socialistes.

Quelles options ?

Pour éviter d’être contourné, pour reprendre la main, le PS a deux solutions. Premièrement se battre pour des élections. Mais il n’est pas certain de les obtenir et surtout il en a peur malgré ce qu’il a toujours dit jusqu’ici. Car le coronavirus fait quasiment passer le retour aux urnes pour un acte de trahison devant l’ennemi. Et puis, le retour aux urnes n’offre que peu de perspectives d’amélioration de la situation stratégique pour le PS. Donc cette option n’est plus ouverte (pour l’instant).

Deuxièmement. L’autre solution c’est de négocier un gouvernement avec la N-VA malgré ce que Paul Magnette a très longtemps dit mais ne dit plus depuis quelques semaines. Bref si le PS veut reprendre la main il se dit qu’il devra bien aller là où il ne voulait pas aller. Là ou tous les partis flamands et le MR veulent qu’il aille, dans un gouvernement avec la N-VA.

Le PS peut aussi choisir d’aller dans l’opposition, mais ça tombe sous le sens, ce n’est pas vraiment une option si le PS veut reprendre la main. Parce que le PS a perdu les élections l’année passée après 5 années d’opposition fédérale très musclée. Pour se différencier du PTB, parti de tribune, sa carte c’est de démontrer son utilité. Et dans l’opposition, il y a très peu de chance qu’il puisse démontrer une quelconque utilité.

Manœuvres

Le PS reste encore très divisé sur la question d’un gouvernement avec la N-VA. Divisé au moins comme en 1988. Cette année-là, après un triomphe électoral, Guy Spitaels avait été sévèrement critiqué pour avoir renoncé à la plupart de ses engagements de campagne pour monter au pouvoir. Avec plus de 40% des voix francophones, Guy Spitaels peut prendre le risque de la contestation. Il affronte ses ennemis, les dénonce publiquement. C’est une guerre. Et il l’a gagnée.

Tant de choses ont changé depuis 30 ans. Aujourd’hui Paul Magnette, est beaucoup moins puissant que Guy Spitaels, le PS a presque perdu la moitié de ses voix. Le Parlement est éparpillé façon puzzle. Il n’y a plus d’Hugo Schiltz dans le camp nationaliste ou de Jean Luc Dehaene dans le camp chrétien. Il y a Bart de Wever. Et il est parvenu à ses fins. Au début, politiquement la N-VA était contournable, le PS incontournable. Aujourd’hui c’est l’inverse. Le tour de force de Bart de Wever est magistral. Avec l’aide du MR, du VLD, du SPa et du CD&V il a retourné l’exclusive du PS contre lui. Désormais, en excluant la N-VA, le PS s’exclut lui-même du pouvoir.

Il n’est pas du tout certain que ces deux-là se mettent d’accord un jour. Mais s’ils n’y parviennent pas, les chances que le PS monte au pouvoir sont très minces. Pour le dire très simplement, le PS est un peu coincé. Bien sûr les choses peuvent évoluer. La roue peut tourner. Mais "toutes choses restant égales par ailleurs" voilà la situation de Paul Magnette et des socialistes aujourd’hui.

A moins qu’il n’assume l’opposition fédérale, Paul Magnette devra sans doute faire comme Guy Spitaels en 88. Affronter son parti et venir à la télévision, regarder les francophones droit dans les yeux. Assumer ses renoncements. Dire pourquoi il renonce à s’exclure.

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