"Pas son genre", les mystères de l'amour selon Lucas Belvaux

L'affiche de "Pas son genre"
L'affiche de "Pas son genre" - © Tous droits réservés

C’est un cinéaste aussi talentueux que discret : notre compatriote Lucas Belvaux, auteur de "Rapt" (d’après l’affaire Empain) et de "38 témoins", revient avec l’adaptation d’un roman de Philippe Vilain : "Pas son genre"

Pas son genre

Clément, jeune professeur de philosophie parisien, est muté contre son gré à Arras. Dans cette petite ville du Nord, où il espère bien ne pas rester, il se sent attiré par une jeune et jolie coiffeuse, Jennifer. Clément écrit des livres et professe la liberté selon Kant ; Jennifer aime les magazines people, les comédies romantiques hollywoodiennes et le karaoké avec ses copines… Entre l’intellectuel introverti et la jeune fille joyeuse et exubérante, une relation s’engage.

Avec "Pas son genre", Lucas Belvaux pose une question essentielle : la force du sentiment amoureux peut-il surmonter le gouffre de la différence sociale, d’éducation, de culture ? L’intelligence du cinéaste, c’est d’éviter de porter un jugement sur ses personnages ; à aucun moment, il ne dit que l’un est supérieur à l’autre. Il les filme à la bonne distance, avec un mélange d’empathie et de pudeur. Il est aussi aidé par un casting parfait : Loïc Corbery, sociétaire de la Comédie Française, est impeccable, et Emilie Dequenne se fond avec naturel dans son personnage de jeune femme intuitive et battante. Avec "Pas son genre", Lucas Belvaux confirme – si besoin en était – qu’il est un des cinéastes les plus doués du paysage francophone.

Les Gazelles

Marie, la trentaine, travaille à un Pôle Emploi à Paris, vit depuis treize ans en couple et songe à s’endetter pour trente ans en achetant un appartement… Soudain, cette existence morne et bien tracée lui donne des bouffées d’angoisse. Elle plaque tout, et se rapproche d’une collègue célibataire qui tente de la convaincre que l’indépendance est bien préférable à une pénible vie de couple. Marie essaye de s’émanciper, de sortir et de vivre des rencontres d’un soir… Mais, quand on a passé trente ans, la vie en bande de copines est-elle vraiment moins angoissante que la vie à deux ?

Avec "Les Gazelles", on pouvait craindre le pire : un "film de nanas", mauvaise copie française de "Sex and the city" et de "Bridget Jones". La surprise n’en est que meilleure : "Les Gazelles", c’est du bon Cédric Klapisch au féminin ; la réalisatrice Mona Achache ("Le hérisson") trouve en permanence le ton juste. Le film, traversé par un humour aigre-doux, doit beaucoup à sa coscénariste et interprète principale, Camille Chamoux, parfaite de bout en bout… Une révélation.

Puppylove

Encore du cinéma au féminin avec "Puppylove", le portrait de Diane, une adolescente très introvertie obsédée par l’idée de "franchir le pas" et de coucher avec un garçon pour éprouver ses capacités de séduction. Diane est subjuguée par sa nouvelle voisine, Julia, beaucoup plus délurée qu’elle. Julia va l’entraîner dans des aventures de plus en plus douteuses et perverses…

La réalisatrice Delphine Lehericey dirige très bien ses deux jeunes comédiennes, Solène Rigot et Audrey Bastien, justes et naturelles de bout en bout. Dans le rôle du père de Julia, Vincent Perez essaye de se renouveler… Mais là où le bât blesse, c’est dans le scénario qui, à force de s’accrocher aux obsessions monomaniaques de son héroïne, devient vite lassant et répétitif. Avec "Puppylove", il y avait matière à un moyen-métrage, pas vraiment à un long.

 

Blue Ruin

Dwight est un sans-abri, sa vie est en lambeaux. On comprend vite pourquoi : ses parents ont été assassinés il y a quelques années. Un flic compatissant lui apprend que le meurtrier va bientôt sortir de prison… Dwight va tenter de se ressaisir avec un seul objectif : venger les siens.

Sur le papier, "Blue Ruin" ressemble à un banal film de vengeance de série Z digne de Charles Bronson. C’est sans compter le talent du cinéaste Jérémy Saulnier, qui filme cette histoire de vendetta sans effet spectaculaire inutile, avec réalisme et justesse. Son personnage principal est timide et gauche, il fait partie de ces "oubliés du rêve américain". "Blue Ruin", c’est l’exemple-même d’un film indépendant américain réussi, loin des stéréotypes de Hollywood, mais sans prétention auteuriste pour autant… A découvrir.

Hugues Dayez

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