Partis : la démocratie, mais pas trop...

Partis : la démocratie, mais pas trop...
Partis : la démocratie, mais pas trop... - © Tous droits réservés

Il y aura donc 5 candidats pour succéder à Benoît Lutgen à la tête du cdH. 4 inconnus du grand public face à Maxime Prévot, bourgmestre de Namur, favori du président et des principaux cadres du parti. À moins d’une fronde massive des militants samedi, à moins que l’esprit des gilets jaunes s’empare tout d’un coup des troupes du cdH pour renverser la table, on voit mal ce qui pourrait arriver donc à Maxime Prévot.

5 candidats est la situation la plus confortable pour Maxime Prévot. Le seul vrai risque aurait été d’avoir un face à face avec une personnalité montante qui aurait pu entraîner sur son nom les éventuels mécontents. Avec 5 candidats, l’élection ne ressemble pas trop à un plébiscite. Autre avantage pour le favori, les voix des challengers vont s’éparpiller. Avec la prudence de rigueur, une surprise est donc très peu probable. A quelques mois des élections, Benoît Lutgen veut d’abord que le parti soit entre de bonnes mains, c’est à dire de son point de vue celles de Maxime Prévot. Mais en même temps, il veut que ce scrutin ait les attributs d’une vraie démocratie interne.

Un rapport compliqué avec la démocratie

Les partis entretiennent un rapport compliqué avec la démocratie. Ils y participent volontiers à l’extérieur mais l'appliquent à reculons en interne. Car la démocratie a parfois laissé des mauvais souvenirs dans les partis. C’est le cas au cdH notamment. Enfin, au PSC. En 1995, Gérard Deprez, alors président sur le départ, avait tenté d’imposer sa dauphine Joëlle Milquet qui sera battue pour quelques voix d’écart par Charles-Ferdinand Nothomb. Les autres partis ont aussi eu droit à leur lot de présidentielle déchirante, le PS, le MR et même Ecolo. A chaque fois, ces déchirements ont affaibli la position des partis.

Ceci explique pourquoi la démocratie est corsetée à l’intérieur des partis. Le pragmatisme du pouvoir oblige les partis à user de la démocratie avec parcimonie. Désormais, les successions se préparent soigneusement des mois voire des années à l’avance. Et le plus souvent, les scrutins sont sans suspense. C'était le cas lors des dernières élections présidentielles dans tous les partis. C’est le cas ici au cdH entre Benoît Lutgen et Maxime Prévot. C’est le cas on le voit bien aussi au PS entre Elio Di Rupo et Paul Magnette (Attention, Elio Di Rupo reste maître des horloges). Ecolo et le MR commencent aussi à préparer l’après scrutin. En fonction des éventuelles participations, ils mettront en place une stratégie pour assurer la continuité du pouvoir en interne. Le cas du PTB est particulier. Il s'agit plus d'une désignation, d'une cooptation que d'une élection proprement dite. 

Légitimité contre continuité

On n'échappe pas à Machiavel. La première mission d’un président de parti est d'assurer la survie, la continuité de son organisation toute entière tournée vers la conquête et l'occupation du pouvoir. La démocratie n'est qu'un moyen qui s’est imposé dans les partis pour la même raison qu'elle s'est imposée au niveau des États pour assurer la légitimité de la conquête et de l'occupation du pouvoir. Autrement dit, la démocratie, avec son mode électoral, met tout le monde d’accord en évitant les contestations et querelles. L'élection règle la question du "qui" doit occuper le pouvoir. 

Le problème est que ce n'est qu'un parti, pas un État. C’est une organisation qui doit lutter face à d’autres organisations concurrentes. Si au passage de la démocratie, une élection marque les fractures, les divisions à l’extérieur, le parti s’en trouve affaibli. Le souci de légitimité se retrouve alors concurrent du souci de continuité. Ce sont deux objectifs différents et en tension. Conclusion, les présidents de partis sont tous face à une injonction contradictoire. Ils ont besoin de la démocratie dans leur parti, mais pas trop. Ils ont besoin d'une démocratie sans risque, sous contrôle. 

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