Parfois, la politique a ses raisons que la raison ne peut comprendre

Parfois, la politique a ses raisons que la raison ne peut comprendre
Parfois, la politique a ses raisons que la raison ne peut comprendre - © Tous droits réservés

Cette semaine, les Belges vont savoir s'ils auront ou non un gouvernement pour la Noël. Le sort du gouvernement minoritaire de Charles Michel doit se décider d'ici vendredi. Au fond, l’équation est simple. Tout dépend de la N-VA. C’est elle qui peut lever le pouce ou le baisser. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la N-VA a sans doute appris de Donald Trump en matière de négociation. Si on résume le principe de son livre Art of The Deal, "mettez la pression maximum, vous aurez l’avantage". Trump explique qu’il faut que votre partenaire de négociation ait l’impression qu’il est plus sous pression que vous. Pour gagner, vous devez être prêt à tout. Et surtout à l’outrance, c’est dit texto dans son livre.

C’est exactement le chemin suivi par la N-VA car c’est elle qui était sous pression. Elle était sortie fragilisée des élections. Isolée sur le pacte des migrations, poussée à la faute, condamnée publiquement sur la scène internationale, mise sous pression par les organisations patronales qui en appellent à la responsabilité.  

La N-VA se lâche

La N-VA décide de rejeter la pression sur les autres. Et pour ça, elle se lance dans l’outrance. L’indécence même avec cette appellation “coalition Marrakech”. Dans toutes les interviews de ce week-end, la N-VA s’est employée à faire monter les enchères. Et pas un petit peu. La N-VA veut tout. Les petites phrases du week-end le démontre : "On demandera 100% de notre programme”, “Non, nous n’avons pas peur des élections anticipées”, “nous n’avons pas peur du peuple”, et si nous votons la confiance, “Charles Michel sera notre marionnette”

Cette phrase là, plus que toutes les autres, réduit beaucoup les chances d’un accord. Car jusqu’ici, Bart De Wever et Jan Jambon ne s’en étaient pas pris personnellement au Premier ministre. Au contraire même, ils l’avaient (plus ou moins) épargné. Désormais, si Charles Michel parvient à garder son gouvernement en place grâce à la N-VA, ce sera au prix du déshonneur, de l’humiliation. Or, à moins de n’y plus rien comprendre, c’est un prix que Charles Michel refusera de payer. 

Chute ou pas chute?

Charles Michel ne demandera pas un vote de confiance qu’il sait perdu d’avance. Donc il faudra une motion de méfiance. Que la N-VA devrait logiquement demander, mais alors il n’y aura pas de budget. Et ça c’est un problème pour la N-VA car les organisations patronales exigent à cœur et à cris ce budget. Ce serait considéré comme un geste irresponsable par une bonne partie de l'électorat de centre droit.

Que vont faire les autres partis d’opposition francophone, le PS en particulier? A-t-il intérêt à s’associer à la N-VA dans un tel vote? Pas sûr. Cette convergence d’intérêt n’est bonne ni pour le PS, ni pour la N-VA qui est accusée en Flandre de ramener les socialistes par la grande porte.

Si un tel vote a lieu, alors le gouvernement de Charles Michel sera en affaires courantes. Que va-t-il décider? C’est lui qui peut dissoudre les chambres et décider d’élections anticipées. À priori, il n’y a pas intérêt. Mais dans cette immense surenchère que nous vivons depuis deux semaines, il est évident que, parfois, la politique a ses raisons que la raison ne peut comprendre. 


 

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