Panne de Justice

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La réfome de l'Etat va à nouveau monopoliser les énergies politiques. Scinder un arrondissement judiciaire alors que la Justice crie famine est-elle une priorité?

 

Le même jour, on s’aperçoit que les avocats sont sous-payés pour assister les plus démunis, que le système " Salduz " coûte les yeux de la tête, que le palais de Justice de Bruxelles est dans un état délabré avancé, et que c’est pire encore dans bon nombre de prisons,  par ailleurs surpeuplées, mais aussi que l’on va consacrer des budgets importants à la scission de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde !

C’est toute la bizarrerie de l’Etat belge, ou de ce qui en reste : un pan entier de notre démocratie, la Justice, est en capilotade, la plupart des partis (essentiellement au nord du pays) crient à la gabegie quand l’Etat doit engager de nouvelles dépenses mais ce sont les mêmes qui poussent à la coûteuse scission d’un arrondissement judiciaire.

Notons que cette scission pourra peut-être à long terme enrayer le retard judiciaire à Bruxelles (il y aura moins besoin de magistrats parfaitement bilingues, difficiles à trouver) et de là, désengorger la prison de Forest des (trop) nombreux détenus en préventive.

Une démocratie s’évalue souvent à l’aune de sa Justice et des moyens qu’elle y consacre. Chez nous, on pourra juste constater qu’il y a pour le moins une curieuse hiérarchie des priorités, où le communautaire prime mais sans doute était-ce le " prix à payer " pour garantir la pacification communautaire sur laquelle la légitimité du gouvernement Di Rupo a été fondée.

Les priorités européennes sont à la relance économique, à la lutte contre la montée des populismes et la Belgique politique va entrer à nouveau dans des débats linguistiques. La " valise de Pandore communautaire "  a été confiée au Parlement, en espérant que la sérénité du gouvernement fédéral soit quelque peu épargnée.

La bonne santé de la N-VA, dans les sondages en tout cas, ne se dément pas. Reste à voir si les débats communautaires qui s’engagent seront utilisés par le parti nationaliste. La majorité, composée de bric et de broc, reste fragile. La campagne électorale pour les communales provoquera des crispations entre les alliés de circonstance. Puisse la plomberie institutionnelle ne pas détourner l’action des véritables priorités de l’heure.

 

Philippe Walkowiak

 

 

 

 

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