Nucléaire: vers la guerre des chiffres

Bertrand Henne
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On a beaucoup parlé des visites domiciliaires. On en a tellement parlé qu’on a un peu oublié, qu’entre-temps, il s’est passé des choses dans d’autres dossiers importants. C’est le cas du dossier nucléaire. C’est l’autre dossier chaud du moment. La N-VA s’étant opposée en l’état au pacte énergétique, la ministre de l’Énergie a dû promettre une étude afin de tenter d’objectiver les conséquences d’une sortie du nucléaire en 2025. Ces chiffres provenant de deux sources différentes lui sont parvenus, le gouvernement doit maintenant trancher.

Greenpeace s'y met aussi

Ce qui est intéressant, c’est qu’en attendant, Greenpeace a décidé aussi de commander une étude chiffrant les différents scénarios de sortie du nucléaire. Et elle l’a demandé à un institut qui avait fourni, il y a quelques mois, des chiffres assez inquiétants pour le compte de l’industrie. Je vous le donne en mille, le même institut fournit des chiffres très différents et beaucoup moins inquiétants à Greenpeace qu’à l’industrie.  

Le même institut propose-t-il donc des chiffres différents en fonction du client qui paie?

Non. Et c’est là que c’est intéressant. Pourquoi les chiffres sont-ils différents? Car les paramètres ont changé. C’est ce qu’expliquent le Standaard et Le Soir ce matin. Quels paramètres? Le prix du gaz qui a baissé entre les deux études. Le remplacement du nucléaire par du gaz sera donc moins cher. Autre paramètre, la disponibilité des réacteurs nucléaires a été revue, en tentant d’être plus proche de la réalité. Résultat: là où l’étude commandée par l'industrie chiffrait en 2030 le surcoût de la fin du nucléaire à 600 millions d’euros pas an, le surcoût n’est plus que de 230 millions. Et en 2040, il n’y a plus de surcoût.

Cela veut-il dire que la dernière étude commandée par Greenpeace est plus fiable?

Non! Même pas. Ça veut surtout dire que calculer le prix de l’électricité pour les 20 prochaines années c’est extrêmement complexe, qu’il y a plein de variables imprévisibles. Le prix du photovoltaïque, les réserves de gaz, les tensions géostratégiques, l'avancée des technologies en matière de renouvelables, en matière d’extraction de gaz ou de pétrole.

Bref, l’intérêt de l’étude de Greenpeace n’est pas de démontrer qu’on peut se passer de nucléaire. L’intérêt c’est de montrer qu’une étude ne décidera pas à la place du politique. Qu’il y a un choix à faire et qu'il est plus que temps de le faire...

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