Nous méritons mieux que Maggie De Block

Bertrand Henne
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La suspension de l'arrêté sur le dépistage du cancer du sein est le signe d'un vrai problème, un problème nommé Maggie De Block. Pour rappel, on parle du retrait d'un arrêté qui prévoit, entre autres, de ne plus rembourser, sauf exceptions, la mammographie aux femmes de moins de 45 ans et de plus de 74 ans. Il ne s'agit que d'une partie d'un plan plus large à propos du dépistage du cancer du sein qui a été négocié avec des acteurs de la santé depuis 10 ans et qui vise, entre autres, à mieux prendre en compte les risques liés à des dépistages trop fréquents. Mais donc, face à la polémique qui montait côté francophone, ce plan a été retiré sous pression du MR. Maggie De Block a réagit très sommairement en disant qu'il y avait eu un vent de panique et que les femmes avaient été mal informées. Elle a raison, c'est dommage, mais ce gâchis, c'est entièrement de sa faute.

Nous n'avons pas de ministre de la Santé

Non sauf de manière homéopathique. Car Maggie De Block refuse de s'expliquer. Avoir des réponses de sa part à des questions pour un journaliste est très compliqué, ne parlons même pas d'interview. Maggie De Block n'est plus venue à Matin Première depuis des années. Jamais en fait depuis qu'elle est ministre de la Santé. Jamais!

Côté francophone, l'impression générale est de ne pas avoir de ministre de la Santé. Nous n'avons qu'une ministre de la Santé flamande. Elle ne communique et ne prend des décisions que pour la Flandre. La sensibilité flamande dans l'approche de la Santé publique est systématiquement favorisée et de surcroît uniquement expliquée et débattue en Flandre. Dans le sud du pays, nous ne pouvons que discuter, papoter à propos des conséquences de ces mesures. Entendons nous bien, cela ne veut pas dire qu'elle prend uniquement des décisions défavorables au sud du pays. Dans le "modèle" flamand de Santé, il y a des éléments profitables à tous. Ainsi en va-t-il de ce plan de dépistage largement soutenu par des acteurs de la Santé en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Le problème, c'est que Maggie de Block incarne tellement les économies aveugles et des décisions anti-francophones, elle refuse tellement de s'expliquer, qu'elle est devenue un repoussoir.  

Une insensibilité complète aux problèmes du sud du pays

50% des néerlandophones répondent au " dépistage systématique" contre seulement 11 % à Bruxelles et 7,5 % en Wallonie. Dans le sud du pays, les femmes préfèrent passer par leur médecin généraliste pour se faire prescrire une mammographie. Or, cette différence de sensibilité a été complètement ignorée par Maggie De Block. Ça ne veut pas dire que sa décision est mauvaise. Peut-être qu'il faut favoriser le dépistage systématique, mais au minimum, elle aurait dû alors prendre le temps de l'explication avec les femmes francophones. Elles n'ont eu droit qu'au mépris.

On a eu le même problème avec la distribution de pilules contraceptives par les plannings familiaux. On a eu le même problème avec le financement des hôpitaux. On a eu le même problème avec l'examen d'entrée en médecine. Notre problème, c'est que nous n'avons pas de ministre de la Santé. Et croyez bien que la première victime de tout ça n'est pas notre fierté mal placée de journaliste frustré d'interview, ou celle des acteurs francophones de la Santé qui résisteraient au changement. La première victime de tout ça, c'est la santé des francophones, en particulier ici des femmes. Oui nous méritons mieux que Maggie De Block.

 

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