Le gouvernement Michel 2 est-il démocratique?

Non, rien a changé. Nous sommes en crise.
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C’est donc parti pour un gouvernement Michel II. C’est une nouvelle page pour la politique belge. Mais quelle nouvelle page au fond? Qu'est ce qui a changé? Regardez bien, c’est un nouveau gouvernement. Mais pas si nouveau pourtant. Il n’y a pas eu de prestation de serment, pas de confiance votée à la Chambre, pas de formation et évidemment pas de nouvelles élections. On a à peine entendu parler du Roi. 

La N-VA dans l'opposition?   

La N-VA est dans l'opposition. C'est nouveau. Bof! Elle était déjà à moitié dans l’opposition en étant au gouvernement. Maintenant, elle est à moitié dans le gouvernement en étant dans l'opposition. Elle a un pied dehors et un pied dedans. Depuis l’opposition, elle soutiendra le gouvernement quand ça lui chante. Comme avant.

Le MR opposé à la N-VA? 

Le MR est maintenant clairement distancié de la NVa. C'est nouveau. Oui, le MR a choisi le libéralisme plutôt que le conservatisme. Oui, mais après que le CD&V ait tapé du poing sur la table alors que Charles Michel semblait prêt à aller à titre "personnel" à Marrakech ce qui à brouillé le message. Et depuis hier, plusieurs cadors du MR signalent que la N-VA reste un partenaire et minimise la différence entre les deux formations. Du coup le MR est-il vraiment plus distant de la NVa qu'hier? Ce n'est pas clair.

Un gouvernement minoritaire? 

Faites encore un effort. Non tout n'a pas changé. Le gouvernement est minoritaire, c'est nouveau! Mais enfin, pour nous francophones, il est minoritaire depuis 2014. Le gouvernement ne représentait qu’un francophone sur 4 hier et c’est toujours le cas aujourd’hui. Pour nous, rien ne change, amis flamands bienvenue au club on pourrait le dire comme ça.

Le peuple contre la démocratie? 

Mais au fond, bien sûr les choses ont changé. Nous sommes en crise. Car nous vivons à notre manière ce qui se passe un peu partout en Europe. La montée en puissance du clivage identitaire et du populisme qui casse tous les codes. Le politologue Yascha Mounk a écrit un bouquin passionnant à ce sujet qui s’appelle "Le peuple contre la démocratie". Que dit-il? Que la démocratie libérale que nous connaissons, c’est-à-dire la démocratie avec les droits des minorités, les contre-pouvoirs, les droits de l’homme, est en train de mourir à petit feu. Mounk pointe en particulier la montée des nationalismes face aux droits de l'homme. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement est tombé sur une question de droits fondamentaux. En l’occurrence, le pacte de l'ONU sur les migrations. 

Yascha Mounk constate que deux tendances sont à l'oeuvre. Soit nos démocraties deviennent illibérales, c’est le modèle hongrois ou turc. Dans ces régimes, la souveraineté populaire est respectée mais les libertés civiles (comme la liberté d'expression) le sont de moins en moins. L'autre option, c'est quant le libéralisme devient anti-démocratique. Dans ce cas, le libéralisme politique existe mais sans légitimité populaire. Mounk prend l’exemple de l’union européenne et de la manière dont la crise grecque a été gérée.

Nous en sommes là. Charles Michel à fait le choix (après avoir hésité) de la démocratie libérale contre l'illibéralisme. Mais ce libéralisme est-il encore démocratique? Oui, au sens des institutions. Le gouvernement est légitime tant que la Chambre ne le renverse pas. Mais il n'est plus démocratique au sens de Yasha Mounk, car il ne traduit plus dans les faits la volonté populaire. C'était déjà le cas au sud depuis 4 ans, c'est maintenant aussi le cas au nord du pays. 

C’est temporaire. On va voter dans 6 mois. Ce sera temporaire, ou pas. Parmi tant d'autres, la campagne va permettre de répondre à deux questions. Sera-t-il possible de faire démocratie ensemble? C'est-à-dire de respecter la volonté populaire au nord et au sud du pays ? Et si oui, quelle démocratie? Libérale ou illibérale?

 

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