Non, nous n'avons toujours pas fini de payer la crise de 2008

Non, nous n'avons toujours pas fini de payer la crise de 2008
Non, nous n'avons toujours pas fini de payer la crise de 2008 - © Tous droits réservés

La crise bancaire de 2008 commence à rapporter de l’argent à l'Etat. C’est ce qu’a calculé la Cour des comptes. Et c’est évidemment un élément important qui pourrait démentir l’idée, l’a priori que les banques nous ont coûté très cher. Or, il faut être prudent. La Cour des comptes mesure en gros la différence entre le prix d’achat et le prix de vente, ce que cela a coûté, ce que cela a rapporté. L’Etat a dépensé lors du sauvetage des banques de 2008 (le rachat de Fortis ou de Dexia) au total 27,3 milliards d’euros. Depuis, une partie a été revendue et des dividendes ont été versés et cela a rapporté 28 milliards 500 millions. Donc plus d’un milliard de boni. 10 ans après la crise, on peut le dire, l’opération de sauvetage des banques ne nous coûte plus mais nous rapporte.

L’Etat en sort-il gagnant?

La réponse est non, il n’en sort pas gagnant, il est affaibli. Car d’abord, il faut remettre le calcul de la Cour des comptes à sa juste place, l’intervention dans les banques n’est qu’un des aspects de l’impact pour l’Etat de cette crise. Il y en a d’autres. 

Le premier, c’est l’impact économique. La récession en 2009-2010, l’augmentation du chômage. Il a fallu attendre fin 2017 pour retrouver le même taux qu’en 2008, et puis l’augmentation de la dette publique de 84% à 103% aujourd’hui. Ce coût là est faramineux. 

Le second impact est politique. C’est la perte de confiance des citoyens dans les institutions. L’Etat en particulier, l’Etat régulateur, l’Etat providence censé protéger ses citoyens en a pris un coup. Et il ne s’en est toujours pas remis au niveau belge et européen. Nos faiblesses par rapport aux géants financiers n’ont pas trouvé de réponse à la hauteur (même si la régulation s’est renforcée). Le fait est que nos Etats paraissent toujours plus faibles aujourd’hui face aux nouveaux géants américains et chinois de l’économie numérique. Cela a un coût démocratique destructeur.

10 années de perdues?

On pourrait encore ajouter d'autres impacts comme le coût écologique puisque cette crise nous a fait perdre de précieuses années dans notre capacité à trouver ensemble des solutions au dérèglement climatique. Enfin, il y a aussi le coût géostratégique. L’Europe qui s’est déchirée, alors que pendant ce temps, les autres grandes puissances, la Chine en particulier, ont continué d’avancer leurs pions. Eux n’ont pas perdu de temps.

Alors oui, en terme de gestion de portefeuille, on ne peut plus dire que nous continuons à payer pour les banques. Par contre à bien des égards, non, nous n’avons toujours pas fini de payer.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK