Nominations, voitures de société, salaire minimum : il n’y a pas que le covid au fédéral

Petit tour d’horizon des discussions en coulisses au gouvernement fédéral. Parce qu’on avait tendance à l’oublier, mais il n’y a pas que le corona dans la vie.

Le prochain comité de concertation est dans une dizaine de jours. Il pleut, il fait moche, alors autant travailler. D’abord, les décisions assez simples : un nouveau train de nomination est prêt à quitter la gare du conseil des ministres, cette semaine. Cela concerne les certaines institutions biculturelles fédérales : le théâtre de la Monnaie, le Palais des Beaux-Arts, l’orchestre national de Belgique. Un nom assez connu devrait être choisi pour diriger le Conseil d’administration de la Monnaie, sur quota PS : le patron d’RTL, Philippe Delusinne. Il y aurait des surprises dans certaines nominations au sein des CA, on devrait en savoir plus bientôt.

 

Plus compliqué : les voitures de société…

Vraiment pas simple, ce dossier. C’est dans l’accord de gouvernement, d’ici 2026 les voitures de société ne pourront être qu’électriques pour bénéficier d’une déduction fiscale. Mais après 2026, il y a un échéancier à mettre en place. Et ça coince très solidement. Tout début mai, le ministre des Finances, le CD&V Vincent Van Peteghem a déposé sur la table du gouvernement un avant-projet de loi. Je ne vais pas rentrer dans le détail, de la norme WLTP pour le calcul des rejets de CO2, de la temporalité des déductions après 2026, de la fin potentielle de la déductibilité des frais forfaitaires pour les déplacements domicile-travail pour les voitures non électriques, etc., etc., c’est un dossier très technique, porté par le CD&V et le VLD. Mais c’est aussi un dossier très politique. Avec un nouveau blocage plus ou moins sur un axe droite-gauche, entre les tenants, à droite, du maintien de l’avantage en toute nature et partisans de la technologie, qui, c’est vrai, va permettre de moins polluer, et puis, à gauche les partis pour qui cette réforme doit être socialement pertinente, qu’il soit moins avantageux fiscalement de posséder une voiture de société, des partis à gauche qui insistent sur le fait qu’il faut avant tout réduire l’usage de la voiture. Moins de CO2, ok. Mais ça ne signifie pas nécessairement moins de bouchons dans les grandes villes.

… Avec, enfin, un accord !

Six heures de négociations, tout de même, bouclées à 1h30. Les détails vont être présentés tout à l’heure, un subtil équilibre entre les partis, avec la fin des 100% de déduction fiscale après 2026 pour les voitures électriques, de façon très progressive pour atteindre 67,5% de déduction en 2031. Les véhicules utilitaires, eux, ne sont pas concernés. Vous le voyez, rien de significatif alors que l’OCDE appelle notre pays à réformer ce système depuis des années. On ne s’empêchera également pas de s’interroger sur le timing de cette réforme alors que le ministre des Finances est attendu sur une grande réforme fiscale, entre autres, sur le coût du travail. Ne pas y intégrer les voitures de société ressemble à un acte manqué. Pour le président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui a réagi sur Twitter, c’est un "très bon accord". A gauche, on savait la cause "perdue" depuis l’accord de gouvernement qui ne remettait pas en question la philosophie de la voiture salaire. Qui repart donc pour 10 ans, au moins.

Et si le salaire minimum augmentait avec un nouveau plan de relance ?

Et pour finir, un dossier encore plus compliqué : les suites de l’échec sur l’accord interprofessionnel. De loin le dossier le plus difficile du jeune gouvernement Vivaldi, qui n’est qu’à son 229e jour d’existence ce matin. On l’a souvent expliqué, l’augmentation des salaires, hors indexation, sera limitée à 0,4% en 2021-202, avec, pour certains secteurs et entreprises, la possibilité d’une prime additionnelle de 500 euros net, sous forme d’un chèque consommation. Et par ailleurs, c’était un package comme disait Paul Magnette, les interlocuteurs sociaux doivent s’entendre sur plusieurs points (fin de carrière, heures supplémentaires, harmonisation des pensions) et surtout le salaire minimum. Les discussions sont en cours, ça va durer certainement un peu de temps, il y a volonté d’essayer de s’entendre, en tout cas, avant qu’éventuellement le gouvernement reprenne la main en cas de désaccord. Le groupe des 10 a demandé de dissocier l’AIP et les quatre dossiers que je viens d’évoquer, au déplaisir du PS, qui joue gros. Les socialistes ont dû accepter, sans gaîté de cœur, un deal sur l’augmentation limitée des salaires qui ne lui plaisait pas du tout. C’était le match aller. Le match retour, c’est le salaire minimum. Si les interlocuteurs sociaux échouent à s’entendre, la pression sera très forte sur le PS et son Vice-premier Pierre-Yves Dermagne pour que la Vivaldi accouche d’un projet, d’un deal acceptable aux yeux des syndicats, singulièrement de la FGTB. Et donc, une solution qui pourrait agréer tout le monde, c’est d’intégrer cette augmentation du salaire minimum dans un nouveau plan de relance. Un plan de relance belgo-belge, un plan de relance fédéral, qui a été évoqué dans les coulisses des coulisses fédérales. Thomas Dermine, le secrétaire d’Etat PS à la relance ne manque jamais, encore ce dimanche dans la presse flamande, de pousser pour une relance encore plus forte, sur un modèle keynésien. A côté des 6 milliards européens, la Vivaldi pourrait se faire un petit plan de relance avec, par exemple, une prolongation à un peu plus long terme de mesures de soutien, ou encore, par exemple, le salaire minimum qui serait augmenté. C’est comme ça que ça fonctionne dans un gouvernement : vous ne voulez pas trop affaiblir le plus grand parti, Alexander De Croo sent bien qu’il faut un trophée pour le PS. Rendez-vous dans quelques semaines, pour ce plan de relance, les discussions débutent à peine.

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