Nietzsche réhabilité par Michel Onfray

Au départ, ce devait être un film. Quand le dessinateur, Maximilien Leroy, est entré en possession du script, il a littéralement vu la bande dessinée sous ses yeux. Ne restait qu'à adapter le texte, à créer les images, à rendre avec autant de fidélité que possible les lieux et les gens. Michel Onfray s'est laissé convaincre. Il faut dire que le philosophe qui réclame un accès plus démocratique à la philosophie ne pouvait pas trouver plus populaire comme médium. La BD touchera incontestablement un public nouveau, plus jeune peut-être. Moins concerné a priori.

Le début de cette biographie est sans doute l'étape la plus difficile à franchir. Il faut entrer dans un système de narration sous forme de flashs. Un lieu, parfois une date, et un épisode très bref de la vie du futur philosophe. On mêle facilement les endroits, on ne comprend pas toujours tout de suite l'action. Mais on se laisse porter, par curiosité pour ce personnage qui apparaît d'emblée dans sa noirceur et ses tourments.

Le livre bascule lorsque Nietzsche devient véritablement le penseur qu'il est resté dans l'Histoire. Le lecteur découvre comment s'est construit son système de pensée, comment il a été bouleversé par Schopenhauer, mais aussi comment ce mélomane s'est radicalisé face à la montée en puissance d'un Wagner. On apprend que Nietzsche rêvait très tôt d'une communauté de philosophes pour mener à bien son projet. Que sa famille - et plus singulièrement sa sœur - a tout fait pour minimiser le propos antireligieux qui est le fondement même de sa philosophie (et c'est pourquoi on ne s'étonnera pas que Michel Onfray le réhabilite définitivement ici). Que l'insuccès de ses livres l'a poussé à publier Ainsi parlait Zarathoustra à compte d'auteur, dont il n'a vendu aucun exemplaire, se contentant d'en donner une quarantaine à ses amis.

Passionnant, le dernier tiers de cette épaisse bande dessinée au traitement graphique à la fois réaliste et audacieux, se concentre sur le mécanisme de la chute. Nietzsche sombre dans la folie, s'enfonçant peu à peu dans une solitude sans issue. Il ne saura même pas que sa philosophie se lit, avant de mourir au tout début du vingtième siècle, couvé par une sœur antisémite qui tentera de travestir son œuvre et sa vie.

Brillamment dessiné par Maximilien Leroy qui avait publié il y a quelques mois un portrait de SDF aux éditions La Boîte à Bulles, ce livre mérite de tomber entre toutes les mains. Il résume l'essentiel de la pensée de Nietzsche sans l'appauvrir totalement. Et surtout, il place l'homme au centre de l'œuvre, ce qui devrait permettre à ceux qui auront la curiosité de lire Nietzsche lui-même, de mieux le comprendre.

 

Thierry Bellefroid

 

Nietzsche, Se créer une liberté, par Michel Onfray et Maximilien Leroy. Le Lombard

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK