Nicolas Ancion: "L'homme qui valait 35 milliards"

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Dans un roman échevelé mais sacrément audacieux, le Liégeois Nicolas Ancion imagine l'enlèvement de l'un des hommes les plus riches du monde : Lakshmi Mittal. Culotté comme une tarte à la crème envoyée à Bill Gates. Noël Godin peut prendre sa retraite.

Bruxelles, un tournage de l'émission Hep Taxi. L'intervieweur parvient à convaincre Lakshmi Mittal, le patron d'ArcelorMittal et N°1 de la sidérurgie mondiale, d'embarquer à bord de la voiture de l'émission sans ses gardes du corps, qui suivent le véhicule de la RTBF à bord d'un rutilant 4X4. Un agent de police les arrête à un carrefour et la voiture de Hep Taxi disparaît. On ne la reverra pas. Lakshmi Mittal vient d'être enlevé par un artiste plasticien liégeois et son comparse, il va passer un sale moment.

De l'interview qu'on aurait tous rêvé de faire à l'humiliation publique, Lakshmi Mittal va en voir de toutes les couleurs, en effet. Nicolas Ancion multiplie les situations scabreuses, il imagine des dialogues fracassants entre l'industriel et les protagonistes qui veulent lui faire prendre conscience de la valeur des hommes qu'il emploie et licencie d'un claquement de doigts. Il disserte sur la misère sociale, le chômage, l'argent. "Ce qui m'intéresse, moi, c'est de savoir combien vous valez, vous, dans ce monde-ci", balance un des ravisseurs à Lakshmi Mittal qui pense ne pouvoir négocier sa vie que contre un gros chèque.

L'idée de départ, un enlèvement-performance-économico-artistico-revendicateur, est un peu tirée par les cheveux - même si ce qui motive le cerveau de l'entreprise à se lancer dans l'aventure est d'avoir vu une de ses connaissances en pleurs à la télévision, à l'annonce de le fermeture d'un haut-fourneau liégeois. Mais si l'on entre dans ce livre souvent invraisemblable, on ne peut qu'y rester. C'est un thriller - avec quelques longueurs, tout de même - qui n'en est pas un. Il n'y a ni tueur en série, ni truands. Juste des hommes qui luttent pour leur dignité et auxquels un courageux et talentueux romancier prête sa plume.

Une plume qui nous offre au passage quelques phrases d'une justesse magnifique. Un exemple ?

"Si tu vois pleurer un bébé, il faut changer ses couches ; si tu vois pleurer une femme, il faut changer son amant et si tu vois pleurer un homme... il faut changer le monde."  Jacques Brel n'aurait pas dit mieux.

(Thierry Bellefroid)

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