MR et assouplissement des règles: "Non, il n'est pas si facile de réussir à échouer", la chronique de Bertrand Henne

La cohérence est un luxe que la Belgique politique ne peut décidément pas se permettre. Finalement, on reparlera bien le 18 décembre d’un éventuel assouplissement des règles pour Noël. La ligne décidée il y a deux semaines doit donc être rediscutée, le 18 décembre, à la demande du MR.

Le président de la fédération Wallonie Bruxelles, Pierre Yves Jeholet (lui qui dénonçait le "totalitarisme" de Frank Vandenbroucke) a donc obtenu que l’on reparle des mesures qu’il a décidé mais jamais assumé, en particulier la question des métiers de contact, et la limitation des contacts à Noël.

Victoire ?

Le MR a-t-il vraiment obtenu une discussion ? PS et Ecolo soulignent que ce comité de concertation était de toute façon prévu. Et qu’il était également prévu de faire le point. Et donc que le MR n’a rien obtenu du tout. PS et Ecolo qui ne sont pas contre des éventuels assouplissements si les chiffres le permettent, mais les deux partis se montrent beaucoup plus discrets que les libéraux.

Résultat, en termes de communication, le MR s’affiche comme le défenseur des secteurs aujourd’hui fermés et comme défenseur des citoyens demandeurs de règles moins strictes. A part le respect des partenaires dans le dos desquels ils tirent, les libéraux n’ont pas grande chose à perdre. S’ils n’obtiennent rien ils se seront battus, s’ils obtiennent un assouplissement, ils en seront crédités.

Front flamand ?

Cette stratégie de communication opportuniste fait grincer des dents surtout en Flandre. Les partis flamands sont presque tous alignés dans une ligne de respect des engagements pris en comité de concertation (avec les régions et le fédéral donc) : à savoir, le SP.a de Frank Vandenbroucke, l'Open VLD d’Alexander De Croo et Groen. Mais aussi la N-VA de Jan Jambon. C’est une évolution notable. Lui qui ne voyait pas il y a deux mois "l’intérêt d’arroser sa maison alors que l’incendie n’avait pas commencé", semble avoir évolué.

Il ne juge aujourd’hui "pas opportun de donner de faux espoirs aux gens". Sans doute qu’un récent sondage montrant que trois quarts des Flamands sont demandeurs de mesures strictes l’a convaincu.

Enfin reste le CD&V, parfois aussi nébuleux qu’un cours de physique quantique. Le président Joachim Coens a dit vouloir : "Une certaine créativité dans le strict respect des règles". Je vous laisse vous débrouiller avec ça.

"Strict" vs "noëliste"

La lecture dominante ce matin dans la presse flamande, c’est qu’on se retrouve avec un front flamand strict contre des francophones moins stricts. Même s’il convient d’apporter quelques nuances, ce n’est pas dénué de sens.

Car voilà le sud du pays, là où la deuxième vague a frappé le plus dur, là où l’on devrait logiquement être vacciné contre les assouplissements trop rapides, voilà le sud plus favorable que le nord à une approche plus laxiste.

Denis Ducarme, ancien ministre MR, aujourd’hui député, soutient les assouplissements parce que, dit-il, "les gens ne respecteront pas les mesures".


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Mais pourquoi "les gens" francophones respecteraient moins les mesures que "les gens" flamands ? Si on veut éviter les explications sociologico-culturelles oiseuses, une évidence saute aux yeux : peut-être parce que des ministres francophones eux-mêmes ne respectent pas les décisions qu’ils ont prises ? Peut-être parce qu’ils sapent l’autorité du ministre de la santé en le traitant de "totalitaire"?

Les historiens ne comprendront pas

Un jour, quand des historiens chercheront à comprendre pourquoi nous avons été le pays le plus endeuillé du monde par habitant, ils resteront sans doute incrédules face à l’entêtement qu’une partie des élites politiques a eu à scier leur crédibilité. Ils ne comprendront pas comment tant d’erreurs ont pu être commises par des dirigeants sans que le système ne parvienne à les corriger avec le temps. Ils ne comprendront pas la détermination à reproduire ce qui ne fonctionne pas.

Ces historiens diront qu’il n’était pas si facile de réussir à échouer comme nous l’avons fait. Ils regarderont notre passivité face aux maisons de repos, ils regarderont l’inefficacité de l’isolement des malades, ils regarderont l’assouplissement à contretemps de fin septembre, les hésitations de fin octobre. Enfin, ils regarderont peut-être les discussions de ce début décembre. Et ils ne comprendront pas comment, après 17.000 morts, une partie des dirigeants n’a pas voulu se priver d’un nouvel échec en remettant en cause la stratégie portée par le ministre de la santé et qui a permis de juguler la deuxième vague. Non, il n’est pas si facile de réussir à échouer.

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