Moi René Tardi Prisonnier de Guerre Au Stalag IIB : la fin d'une superbe trilogie!

Moi René Tardi...
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Moi René Tardi... - © Casterman

2019… Une année s’ouvre, et les armes, un peu partout, semblent prêtes à donner de la voix… Le moment est bien venu pour se (re) plonger dans l’œuvre de Jacques Tardi… Dans cette trilogie, surtout, qui se termine et qui est consacrée à cette guerre mondiale qu’on continue (stupidement) à appeler " la dernière " ! Toutes les guerres sont haïssables !

Je le dis haut et fort, ce livre, cette trilogie ne s’adresse pas uniquement aux passionnés de Tardi ! Il s’agit d’une œuvre complète qui nous raconte, à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, toute une époque qu’il vaut mieux, de nos jours, ne pas oublier, celle de la guerre 40/45 et des années qui l’ont suivie. Une œuvre exceptionnelle, tant au niveau du texte, omniprésent et historiquement fouillé, qu’au niveau du graphisme d’une extraordinaire efficacité.

Jacques Tardi a voulu faire ici, en abordant la " seconde "guerre mondiale, œuvre d’historien. Mais d’un historien subjectif, d’un historien ne pouvant s’empêcher de réagir, de prendre position. De se révolter ! Et de partager ce sentiment essentiel qu’est le dégoût face à l’intransigeance humaine et ses dérives guerrières !

Ce " Moi René Tardi… " est un long dialogue… Un dialogue qui n’a jamais vraiment eu lieu… Un dialogue entre un fils et son père, un militaire perdu dans l’horreur de la guerre, d’abord, celle d’un camp de prisonniers, ensuite, celle du long trajet le ramenant au pays et à une autre horreur, celle de l’après-guerre, enfin.

Un dialogue ?... Un monologue, plutôt, celui du père, un monologue imaginé par un Tardi adulte se restaurant à son enfance, à son adolescence. Un monologue que Jacques Tardi, d’ailleurs, il y a 33 ans, avait déjà pensé à entamer dans la préface de son livre " Mine de plomb ".

A ce titre, on peut dire que cette trilogie est sans doute l’œuvre la plus personnelle de Jacques Tardi. L’œuvre qu’il a portée sans lui donner vie pendant de longues années…

Jacques Tardi, donc, fait parler son père. Avec des mots retrouvés au travers de ses propres souvenirs d’enfant, avec des mots découverts dans des carnets hérités, avec des mots dans lesquels on entend, vraiment, la voix de ce père qui, de retour en France, découvre un pays qui n’est plus vraiment le sien. Ce père qui, ne trouvant pas sa place dans le monde civil se voit obligé, pour survivre à lui-même et à ses souvenances, de rempiler dans une armée pour laquelle, cependant, il n’a aucun respect. 

" Moi René Tardi… ", c’est un récit de mémoire. De mémoires plurielles… La narration de Jacques Tardi se vit et se dessine au gré du souvenir et de ses renaissances, donc sans toujours de souci temporel précis. Ces souvenirs se mêlent à ceux de ses parents, de ses grands-parents, et les digressions sont nombreuses. Ces souvenances sont également celles de la grande Histoire, cette histoire majuscule que Tardi nous conte, en filigrane, une Histoire qui n’a d’importance que vue à taille humaine, même si le côté didactique et érudit est bien présent.

Jacques Tardi se dessine tel qu’il fut, sans doute, tel qu’il continue à se voir, certainement, à être, simplement : un adolescent qui veut comprendre et qui, de ce fait, ne peut que se révolter. Il remet sa propre "construction" en perspective des "constructions" de ceux qui lui furent proches, aimés ou pas, et dont il nous restitue en images immobiles les mouvances et les vécus. 

Ce faisant, Jacques Tardi fait bien plus œuvre, ici, d’illustrateur que de dessinateur de bande dessinée. Mais sa manière de faire de l’illustration n’a rien de statique, que du contraire, et chaque dessin, ainsi, devient un lieu, un paysage, un pays, fait d’humanité, d’horreur, parfois d’humanisme.

Toute existence n’est-elle pas à l’image de cette construction narrative : mélangée, avec des allers-retours incessants entre les différentes époques vécues ? C’est pour cette raison que ce livre, intime et personnel, ne peut que toucher tout le monde, tant il est vrai que tous les méandres de la mémoire sont identiques chez tous les humains…

Ce " Moi René Tardi… " est un long dialogue… Un dialogue qui n’a jamais vraiment eu lieu… Un dialogue entre un fils et son père, un militaire perdu dans l’horreur de la guerre, d’abord, celle d’un camp de prisonniers, ensuite, celle du long trajet le ramenant au pays et à une autre horreur, celle de l’après-guerre, enfin.

Un dialogue ?... Un monologue, plutôt, celui du père, un monologue imaginé par un Tardi adulte se restaurant à son enfance, à son adolescence. Un monologue que Jacques Tardi, d’ailleurs, il y a 33 ans, avait déjà pensé à entamer dans la préface de son livre " Mine de plomb ".

A ce titre, on peut dire que cette trilogie est sans doute l’œuvre la plus personnelle de Jacques Tardi. L’œuvre qu’il a portée sans lui donner vie pendant de longues années…

Jacques Tardi, donc, fait parler son père. Avec des mots retrouvés au travers de ses propres souvenirs d’enfant, avec des mots découverts dans des carnets hérités, avec des mots dans lesquels on entend, vraiment, la voix de ce père qui, de retour en France, découvre un pays qui n’est plus vraiment le sien. Ce père qui, ne trouvant pas sa place dans le monde civil se voit obligé, pour survivre à lui-même et à ses souvenances, de rempiler dans une armée pour laquelle, cependant, il n’a aucun respect. 

Et la puissance de Jacques Tardi est de parvenir à la fois à nous faire réellement entendre la voix de son père et à nous dessiner l’horreur quotidienne de la guerre avec une intensité essentielle !

Cette trilogie ne cache rien des réalités vécues par Tardi père, par Tardi fils, par sa mère, par le sentiment de culpabilité qu’elle a réussi pendant des années à imposer à son fils.

C’est un journal qui nous montre aussi que seule la création, quelle qu’elle soit, peut permettre à l’individu d’être autre chose qu’une ombre de l’existence. D’où la présence d’un pélican sculpté ramené d’Allemagne par René Tardi, et qui est un peu comme la base-même de l’envie, du besoin de Jacques Tardi de créer, lui aussi, au travers du dessin.

Le scénario est d’une richesse époustouflante. Le texte occupe une grande place, et le dessin, avec des références nombreuses, allège ce texte. Mais il pousse, en même temps, le lecteur à ne pas zapper, à lire jusqu’au bout chaque parcelle de dialogue imaginé mais si peu imaginaire.

Et puis, il y a ces dessins qui, régulièrement, au fil de cet album, nous montrent les personnages centraux de ces horribles années 40 et 50… Et nous les mettent en scène dans des portraits presque identiques… Goering, Hitler, Staline, entre autres, se montrent, comme en posant, sur fond d’ossuaires aux immobilismes hurleurs…

Enfin, il y a le noir, il y a le blanc, avec, de temps à autre, l’utilisation de couleurs simples, primaires, qui définissent un lieu, une époque, une ambiance… Rouge comme le sang, bleu pour le plaisir…

On n’est pas loin des voyelles de Rimbaud… On est également très proche du " Je est un autre ", du même Rimbaud, lui qui nous racontait la mort et la guerre dans un des plus beaux poèmes qui aient jamais été écrits, " Le Dormeur du Val "…

Ces trois livres prouvent avec puissance que la bande dessinée peut et doit aborder tous les sujets de l’humanité, donc de l’humanisme. Ces trois livres se doivent de trouver une place, croyez-moi, dans votre bibliothèque !

 

Jacques Schraûwen

Moi René Tardi Prisonnier de guerre Au Stalag IIB – 3. Après la guerre (auteur : Jacques Tardi – éditeur : Casterman)

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