Miroir, dis-moi quelle Belgique est la plus belle ?

Miroir, dis-moi quelle Belgique est la plus belle ?
Miroir, dis-moi quelle Belgique est la plus belle ? - © Tous droits réservés

La coalition miroir proposée par le CD & V qui regrouperait au fédéral les gouvernements régionaux a été rejetée largement par les francophones. Pourtant elle mérite réflexion. Bien sûr il y a des défauts à cette proposition de Joachim Coens. Il n’y a pas Bruxelles, ni les germanophones. C’est la vision de la Belgique à 2 communautés que la Flandre développe depuis les années 60.

Autre défaut, dans cette coalition il y aurait PS-ECOLO et N-VA. C’est assez piquant de constater que pour résoudre le problème de l’exclusive entre PS-ECOLO et N-VA le CD & V continue de proposer de les mettre ensemble. On pourrait aussi proposer de résoudre le problème posé au CD & V par un gouvernement sans la N-VA en faisant un gouvernement sans la N-VA. C’est à devenir fou cette affaire. Un enfant pleure parce qu’on lui crie dessus. Crions-lui dessus pour qu’il arrête de pleurer ! Oui, de quoi devenir fou comme le disait Einstein. La folie c’est se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent.

Evidemment les francophones, surtout à Bruxelles et un peu moins le MR que les autres, ont réagi négativement. Et pourtant, cette proposition mérite qu’on y réfléchisse.

Solution de secours

Joachim Coens explique que cette coalition miroir serait une coalition "bâton". Il réfléchit à un dispositif en cas d’impossibilité de former un gouvernement fédéral. Là ou certains évoquent un retour aux urnes après trois mois, ou 6 mois, Coens propose le miroir. A défaut de gestion, la co-gestion du pays. Un super comité de concertation, dont on voit depuis des années pourtant qu’il ne fonctionne pas. C’est l’autre défaut de la formule. On aura bien automatiquement un gouvernement. Mais il risque d’être bloqué. Imaginons. Une majorité N-VA/Belang au nord et PTB-PS au Sud. On fait quoi ?

Cette proposition est criblée de défauts et ne réglera pas le problème actuel. Si le CD & V ne change pas il y aura soit un retour aux urnes soit un gouvernement minimal d’urgence, une coalition bricolage.

Pourtant, pour le plus long terme, les francophones auraient tout intérêt à prendre au sérieux cette proposition de Coens. Car c’est la suite logique de la Belgique que nous avons construite depuis les années 70. Une Belgique du fait régional. Le fédéral n’est pas l’arbitre comme en Allemagne ou aux Etat-Unis, mais un lieu de confrontation entre les entités fédérées, les régions. C'est dans les régions que se construisent les opinions publiques, que se structure l’espace public et la politique qui va avec.

Aveuglement

Les francophones souhaitent toujours que le fédéral ait une substance politique, avec un gouvernement qui a une couleur, une ligne. C’est bien leur droit, mais ils ont de plus en plus de mal à trouver des partenaires pour la partager. Ils croyaient pouvoir compter sur le CD & V. Mais ils doivent déchanter.

On est donc à la croisée des chemins. Il est certain qu’il va falloir réorganiser le fédéralisme qu’on le veuille ou non. Soit le balancier revient vers le centre, le fédéral est réinvesti, avec une circonscription fédérale, avec la refédéralisation des compétences trop éclatées.

Soit le balancier continue son mouvement, on continue dans l’asymétrie, on assume l’aspect irréductible de nos différences et on réorganise le fédéral autour des régions (les 4 régions). Un confédéralisme, oui mais dans lequel on a déjà un pied.

Alors Miroir, mon beau miroir dis-moi quelle Belgique est la plus belle ? Pas fou, le miroir se contente d'un constat implacable : “l’Etat fédéral est aujourd’hui dépassé par les faits.”

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