Elio di Rupo et les fantômes du CETA

Mercosur, les fantômes du CETA
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Pourquoi Elio di Rupo annonce-t-il l’opposition de son gouvernement à l’accord commercial avec les pays du Mercosur ?

Souvenez-vous des larmes de Chrystia Freeland. La ministre canadienne du Commerce n’avait pu trouver ce jour d’octobre 2017 que des Wallons entêtés face à elle. À l’époque la Wallonie est dirigée par Paul Magnette. Le PS est en coalition avec le cdH. Dans l’opposition Ecolo surtout et le PTB pousse le gouvernement wallon à refuser le CETA, vaste accord commercial négocié entre la Commission européenne et le Canada. Le MR dans l’opposition en Wallonie mais au pouvoir au fédéral est favorable au CETA et estime que la résistance wallonne confine au populisme. L’union Wallonne des entreprises juge sévèrement l’attitude du gouvernement wallon, la Commission européenne aussi, le gouvernement flamand aussi, le gouvernement fédéral aussi et la plupart des dirigeants de l’Union et du Canada aussi. Chrystia Freeland aussi. Pour la petite histoire elle a reconnu que ses larmes étaient une technique de négociation visant à culpabiliser les Wallons.

Moment suspendu

Grâce ou à cause de cette résistance entêtée, le CETA reste comme un moment suspendu de la politique Wallonne. C’est un des rares moments une forte majorité de la population, une forte majorité de la société civile organisée et une forte majorité d’élus ont été en phase. Ce fugace moment de résistance à la mondialisation a été un moment “Politique”.

Un moment démocratique, ou la légitimité des élus wallons a pris le dessus face à la légitimité plus discutée de la Commission européenne et du gouvernement fédéral à l’époque. Un moment de fierté aussi pour le parlement de Wallonie qui s’est retrouvé au centre du monde quelques jours. Et cette fierté a ruisselé dans une partie de la population. Mais, moment suspendu disions-nous, puisqu’il a fallu signer le CETA non sans avoir obtenu quelques avancées.

Cette signature, la plupart des Wallons la savait inéluctable. Elle n’a pas gommé le regain de confiance généré par l’épisode. Par contre, quelques semaines plus tard PS-MR et cdH tentaient de conclure un accord pour revenir sur le décumul des mandats, puis ce fut le début de l'affaire Publifin. Retour à la réalité. Le moment CETA ne fut qu’une bulle. Qui explosa.

Retour d’un moment CETA ?

Le retour d’un moment CETA. Un regain de confiance. C’est très certainement ce qu’espèrent Elio di Rupo et une bonne partie d’élus wallon qui communiquent à propos du MERCOSUR.

Comme pour le CETA, la Wallonie va se heurter à la position de la Commission européenne. Comme pour le CETA la Wallonie risque de s’opposer à la Flandre où le gouvernement Jambon considère les pays du Mercosur comme des "pays et régions de coopération prioritaires".

Grosse différence tout de même avec le CETA. La Wallonie n’est plus seule contre tous. La France d’Emmanuel Macron y est (pour l’instant) opposée. D’autre pays comme l’Autriche sont très réticents en particulier sur les aspects agricoles.

Autres différences importantes. Le gouvernement fédéral est à l’arrêt. Le MR est au gouvernement wallon et soutient cette opposition au Mercosur, avec d’ailleurs la fédération Wallonne de l’agriculture. Pour le dire simplement il n’y a quasiment plus de débat en Wallonie. Il y a un front. On peut parler d’une quasi-unanimité. Alors que beaucoup de sujets socio-économiques sont susceptibles de diviser la coalition PS-MR-ECOLO, l’accord commercial avec le Mercosur est (à ce stade puisqu’il peut encore évoluer), plutôt un ciment.

 

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