Mais qui sont les vrais gagnants des sondages?

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Un sondage c’est un peu comme le résultat d'une élection. Tout le monde y lit le message de l’électeur ou du sondé avec des lunettes bien différentes, des lunettes qui parfois rendent aveugle.

Ici, tout le monde est resté fixé sur la chute du PS et du cdH, tout le monde a relevé que le MR devenait premier parti en Wallonie. Beaucoup y ont vu les libéraux et la N-VA planter un drapeau bleu sur le crâne incliné des socialistes. Beaucoup y ont vu Olivier Maingain faire la même chose sur le crâne incliné de Benoît Lutgen.

Et bien c’est une lecture très partielle et partiale.

Tout est dans le rapport de force

Il faut observer l’évolution des rapports de forces entre les grandes familles politiques. Prenons, pour que ce soit plus parlant, une projection de répartition en siège à la Chambre. Ce petit travail a été réalisé notamment par le politologue Pascal Delwit duquel je reprends les chiffres. 

Premier constat, la Chambre serait plus à gauche qu’avant. La gauche se renforce, malgré la baisse spectaculaire du PS. Cette baisse est compensée par la montée du PTB et aussi d’Ecolo et de Groen en Flandre. 13 sièges pour le PTB du nord et du sud 21 pour la famille écologiste. C’est une forte poussée du bloc de gauche : 60 siège au total soit 10 de plus qu’en 2014.

Cette poussée a comme corollaire la baisse du bloc de droite. Il faut définir le bloc de droite. Retenons ici les partis de droite démocratique et de centre droit, dans lequel on n'a pas le Vlaams Belang, mais bien le CD&V. L’actuelle majorité donc (N-VA-MR-VLD-CD&V). La sanction très nette passe de 85 sièges à 72. L'actuelle majorité n'a plus de majorité. On peut désormais y ajouter le cdH qui a montré patte bleue, on arrive alors à 77 sièges. Si ce sondage était une élection, pour se maintenir la suédoise aura besoin du cdH. Voyez que les gagnants et les perdants ne sont pas nécessairement ceux que l'on croit.

Vers un affrontement de deux blocs ? 

La réalité politique du moment c'est donc une gauche divisée mais renforcée. Ici, la question de "l’utilité" du PTB va être déterminante. Ce parti veut-il aller au pouvoir? Est-il capable de nouer des alliances?

La division pose moins de problèmes à la droite. Même si elle est en perte de vitesse, la N-VA se maintient, mais la famille libérale chute.

Et donc au final, les partis qui feront la différence, les faiseurs de rois ce seront les partis du centre, CD&V et cdH qui baissent mais restent stratégiques. Il le reste mais à très peu de choses. L'autre parti stratégique avec 6 sièges ce sera DéFI d'Olivier Maingain.

Le centre sera stratégique, ce n'est pas neuf. Mais cette fois-ci la situation se complique, et fameusement, avec des exclusives qui rendent la composition d'un futur gouvernement hautement complexe. Inutile de dire que DéFI ne voudra pas gouverner avec la N-VA. La droite ne veut pas du PTB. Le PTB ne veut pas gouverner avec des partis de droite et ne veut pas gouverner sans changer les traités européens. La N-VA ne veut pas de DéFI, du PS ou du PTB sinon c'est la fin du pays. Le cdH ne veut plus gouverner avec le PS et le PS n'oubliera jamais la trahison de Benoît Lutgen. 

Si ça continue comme ça, il faudra beaucoup d'imagination pour former les prochains gouvernements.

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