Les Wallons à "koté" de la plaque

Les Wallons à "koté" de la plaque
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Un débat au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un point en comité de concertation. Les Bruxellois sont à la manœuvre contre les Wallons. En cause, la prime de 1000 euros pour les étudiants koteurs décidée la semaine passée. Elle ne concerne que les Wallons qui choisiront une université wallonne. Ce qui exclut donc les étudiants bruxellois ou les étudiants wallons qui voudraient étudier à Bruxelles.

Bref, c’est une préférence régionale si on veut le dire comme ça qui a été décidée par le gouvernement MR-cdH et qui est dénoncée par le gouvernement PS-DéFi-cdH-Vld-sp.a-CD&V à Bruxelles. D'après le journal Le Soir, les Bruxellois menaceraient même les Wallons d’une procédure en conflit d’intérêt.

Un décret aux effets absurdes

Le gouvernement wallon n’a manifestement pas beaucoup réfléchi aux conséquences de sa décision. À la base, la justification est légitime, aider les étudiants éloignés de leur université à se loger. C’est une préoccupation ancienne, portée surtout par les élus cdH de la province du Luxembourg. Le cdH, qui avec le MR fait partie d'un gouvernement essentiellement composé de ministres issus du monde rural, passe à l'action. C'est assez logique.

Mais le problème c’est qu’ils ont décidé de ne pas tenir compte des revenus des ménages (tout étudiant y aura droit même celui qui loue un kot acheté pour l'occasion par un proche). C’est absurde. Ils ont également décidé de ne pas tenir compte de l’offre de transports en commun. Une heure de route apparaît comme un critère suffisant pour obtenir une prime mais pas une heure et demi de transport en commun. Enfin, ils n'ont pas tenu compte de Bruxelles, qui n’a jamais été aussi éloigné de Namur. Un wallon n’aura droit à sa prime que s'il choisit de koter en Wallonie. Choisir Bruxelles ou Lusaka (c'est en Zambie) pour étudier c'est la même chose, c’est l’étranger. C’est absurde...il n’y a pas d’autres mots.

Une prime fermée aux Bruxellois

Les Bruxellois ne seront pas éligibles à cette prime. C’est ce qui semble choquer Bruxelles dans la décision. Et pourtant c'est l'aspect le moins contestable de la mesure. Même si les Bruxellois sont piqués au vif, même si la décision wallonne sonne comme une rupture de la solidarité entre francophones, cet aspect de la mesure va dans le sens de l’histoire. Ça s’appelle la régionalisation. Aujourd'hui, beaucoup de primes ou de mécanismes d’aide sont différents entre nos régions. Dans un an, nous aurons des allocations familiales différentes selon qu’on naisse à Bruxelles ou à Namur. L’assurance autonomie promise sera différente elle aussi. Et ce sera de plus en plus le cas. Dans les discussions actuelles sur l’opportunité de rendre la Stib gratuite, beaucoup de Bruxellois estiment qu’elle doit rester payante pour les Flamands et les Wallons qui ne contribuent pas au budget régional. Ces discussions et ces conflits potentiels vont se multiplier dans les prochaines années. Le problème de la prime au kot n’est pas qu’elle ne concerne que les Wallons. C’est surtout que c’est une mesure électoraliste mal pensée et très peu concertée.

Concertation et fait accompli

Face à ce régionalisme du fait accompli, les Bruxellois exigent de la concertation. A Bruxelles, on juge qu’une concertation aurait peut-être pu améliorer ce projet mal né. Ce n’est pas faux vu le défaut du texte. Côté wallon, on vous répondra que si on avait tenté la concertation jamais le projet n’aurait vu le jour puisque la mobilité des étudiants n’est pas le problème du siècle à Bruxelles. Ce n’est pas faux non plus. Bref, on n'en sort pas.

Dans le débat au parlement de la Fédération consacré au sujet, le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS), régionaliste de premier plan, pousse à ce que les unifs s’organisent sur base territoriale. Il a proposé que la Wallonie et Bruxelles versent tous les deux l’argent à la Fédération pour prendre une mesure générale et solidaire. Bref, redonner du pouvoir à la communauté. Cela sonne comme un retour en arrière. Est-ce absurde? À première vue oui, mais c’est pourtant là que nous allons. Vers une communauté, une fédération qui deviendra une coupole d'accords de coopération. Nos régions de plus en plus autonomes vont s’associer sur base volontaire sur des projets. 

Ce n'est pas très attrayant mais au moins l’absurdité institutionnelle que nous vivons n’aura peut-être qu’un temps. L’absurdité de certaines décisions en période d’élection par contre elle a une longue vie devant elle.  

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