Les voies du CDH

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Dans la majorité, le CDH sur quelques dossiers fait entendre une voix différente. Quitte parfois à se dédire. Pas toujours facile de s'y retrouver...

Les voies du CDH sont parfois impénétrables…

Le parti avait avalisé par l’entremise de sa vice-première le projet sur le réaménagement des patronymes, l’a voté en commission avant de faire une contre-proposition de dernière minute.

De même sur la dépénalisation de l’euthanasie pour les mineurs, le parti avait tenté d’en faire une question de majorité avant de se raviser et de laisser passer le texte soutenu par une majorité parlementaire alternative.

L’ombre du PSC

Visiblement, le CDH version Lutgen a décidé de réinvestir le champ des valeurs et de retrouver les fondamentaux sociaux-chrétiens : la famille, les traditions, l’éthique stricte ou l’école libre. Des valeurs trans-classes sociales qui pendant plus d’un demi-siècle avait assuré la pérennité au pouvoir du PSC et de son grand frère CVP. Au CDH comme au CD&V, on n’est pas encore tout à fait remis du traumatisme de 1999 et depuis on tente dans les deux formations reliftées de retrouver un peu de la gloire passée. Le CD&V se veut plus nationaliste que le CVP et le CDH a abandonné la référence chrétienne. Mais demeure bien un atavisme social-chrétien.

Le CDH tiraillé

Le défi pour Benoît Lutgen est de maintenir le CDH au pouvoir. Deux prérequis : être le 3ème parti francophone et faire nettement mieux que les 10% en Wallonie que leur prédisent les derniers sondages.

Jusque dans les années 90, le PSC était le pivot des coalitions mais avec un score situé généralement entre 20 et 25%. En 20 ans, l’effondrement aura été spectaculaire.

Joëlle Milquet a tenté d’ouvrir le " vieux " parti social-chrétien. Pari en partie réussi à Bruxelles où le CDH faisait souvent mieux que le PSC d’antan en s’ouvrant notamment aux communautés immigrées. Mais cette ouverture a sans doute refroidi la frange conservatrice du parti, principalement en Wallonie. Et ce d’autant plus, que les représentants du MOC ont généralement quitté le parti. En 1990, des députés PSC, proches du Mouvement Ouvrier, refusaient de voter contre la dépénalisation de l’avortement. Aujourd’hui, à la Chambre, il n’y a plus de députés proches des milieux de gauche.

Benoît Lutgen, à la différence sans doute de Joëlle Milquet, est resté plus attentif aux arguments d’une aile plus conservatrice. Et donc face au PS, ECOLO ou même au MR, il entend faire de son parti le défenseur des vertus qui ont fait le succès du PSC : famille, école libre, valeurs traditionnelles.

Dans une société en constante évolution mais aussi en quête de repères, le pari est jouable mais risqué.

Philippe Walkowiak

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