Les syndicats et la marque jaune

Les syndicats et la marque jaune
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Les négociations entre syndicats et patronat sur l’augmentation des salaires sont suspendues. Les syndicats annoncent une grève le 13 février. Ils vont faire irruption dans la campagne. Cette grève porte la marque jaune, celle du pouvoir d’achat. Les syndicats ne comptent pas, comme en France, se faire déborder par les gilets jaunes. Ils ont senti le souffle du boulet passer très près. Pour les trois syndicats, les rouges, les verts et même les bleus, il est inimaginable aujourd’hui de ne pas apparaître comme en pointe, offensif, revendicatif pour améliorer les salaires. En pleine campagne électorale, voilà la question : les travailleurs méritent-ils plus que 0.8% d’augmentation des salaires pour les deux prochaines années en plus de l’index et des barèmes ?

Le front des employeurs

Pour les employeurs, la réponse à cette question est non. La loi est la loi. Et ils ont raison. C’est bien une loi de 1996 qui fixe cette marge d’augmentation de 0.8% issue d’un calcul compliqué effectué par le Conseil Central de l’Économie. Un calcul qui prend en compte les salaires des pays voisins pour éviter à l’économie de décrocher. Or, cette loi a été durcie par le gouvernement sous l’égide de Kris Peeters, à la demande des patrons d’ailleurs qui estimaient qu’il restait trop de différence historique entre le coût de nos salaires et ceux des pays voisins. Aujourd’hui, les syndicats sont donc en grève contre la loi, contre les patrons et contre le gouvernement qui a changé la loi. À noter le durcissement du ton de la CSC qui avait pourtant signé le dernier accord interprofessionnel, qui s’est pourtant montrée prudente avec Kris Peeters, le ministre CD&V de l’Emploi. Aujourd’hui, Marc Leemans, président flamand de la CSC, estime que la loi Peeters sur les salaires comporte, je cite, "un logiciel de trucage" et il interpelle le monde politique pour la changer.

Pas de gouvernement pour trancher

A défaut d’accord entre syndicats et patrons, c’est lui qui doit décider de la marge d’augmentation des salaires. Ce n’est pas impossible en affaires courantes mais c’est très compliqué, et encore plus puisqu'il est minoritaire. Le gouvernement a démissionné, il a démissionné de cette responsabilité là aussi. C’est plutôt au parlement que la question pourrait rebondir. Les syndicats ont donc passé le ballon aux politiques. C’est d’ailleurs un nouvel aveu d’échec de la concertation sociale dans ce pays. 

Marque jaune

Cette grève nationale va donc se dérouler le 13 février. Il faudra en mesurer la mobilisation. Si elle est forte, il faudra que tout le monde, en particulier les employeurs, mais aussi les syndicats, les politiques et les médias se posent cette question : si le système belge de concertation ne parvient plus à résoudre les problèmes liés au travail, la rémunération du travail en particulier, alors que nous restera-t-il? Réponse, la marque jaune, la colère sans structure, sans garde-fou. En France, l’impact des gilets jaunes sur le PIB est estimé à 0.2%, près de 4 milliards d’euros. Beaucoup plus qu’une journée de grève nationale. Prendre au sérieux le malaise lié au pouvoir d’achat dans un accord interprofessionnel ou prendre le risque de la marque jaune, voilà où nous en sommes.

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