Les prisons, le trou noir et la tuerie de Liège

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Quel tour va prendre le débat politique après la tuerie de Liège? Première observation, le politique semble respecter le temps du deuil, le temps aussi de disposer d’une vue assez claire sur les faits. Ce n’est pas une évidence. On se souviendra qu’après le décès de la petite Mawda, le sujet était devenu très vite un enjeu politique, trop vite puisque beaucoup y ont vu des tentatives de récupération. Que ce soit de la part de membres de l’opposition, qui ont pointé la responsabilité du gouvernement, ou de la majorité qui ont pointé la responsabilité des parents. Dans les deux cas, cela a déclenché un flot de condamnations indignées.

Il faut saluer, donc, la pudeur qui s’est installée suite au drame de Liège chez les politiques. Qui, dans leurs premières réactions, ont quasiment tous envoyé des messages de soutien aux proches des victimes et salué le dévouement de la police en particulier.

Le débat sur la prison

Banjamin Herman sortait de prison où il s’est peut-être radicalisé. Il bénéficiait d'un congé pénitentiaire, le débat risque très vite de se porter sur les politiques carcérales. Car Benjamin Herman, un Rochefortois, ne s’est pas radicalisé en Syrie ou dans une mosquée. Il est plausible qu'il ait, en prison, suivi la voie de ce qu’on pourrait appeler une “islamisation du désespoir”. Il est en tous cas entré en contact avec des individus radicalisés et le parquet soupçonne un acte terroriste.

Il y a donc deux problèmes différents qu’il va falloir ne pas confondre. Primo, la question de la prison comme lieu d’islamisation radicale et secundo, la prison comme lieu de désespoir, ce lieu qui ne construit rien ou pas grand chose, qui détruit souvent d’ailleurs. 

Or, un des moyens, très imparfait et insuffisant, d’éviter le désespoir, c’est la construction de perspectives de réinsertion et cela passe par des congés pénitentiaires qui permettent de préparer de manière progressive et contrôlée le retour des détenus vers la société.

Est-ce qu'on aurait pu éviter ça ? 

Cette porte entrouverte a permis ici à un détenu de provoquer un drame. Il faudra vérifier ce qui était prévisible ou pas dans le comportement de Benjamin Herman. Il faudra, comme lors de chaque drame, se demander "Est-ce qu’on aurait pu éviter ça?" Mais la réponse à cette question risque bien de déboucher sur une restriction de ces congés pénitentiaires. Ce qui veut dire, si l’on n’y prend garde, réduire encore un peu les possibilités de sorties de prison. Ce qui veut dire construire encore un peu plus la prison comme un lieu d’oubli, comme un trou noir insatiable qui recrache la violence aussi vite qu’il ne l’engloutit. Nous serons alors encore moins bien protégés qu’aujourd’hui. Le défi politique est là. Agir avec mesure après un acte de démesure. 

 

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