Les partis et l'illusion de l'ouverture

N’en jetez plus, les partis annoncent des candidats d’ouverture à tours de bras. MR, PS, CDH, ECOLO tous communiquent à tout rompre sur l’ouverture de leurs listes à des candidats non partisans, enfin qui étaient jusqu'ici non partisan. Il ne faut pas avoir fait Science Po pour comprendre que c’est une tentative de réponse à la crise de confiance qui règne aujourd’hui entre les citoyens et les partis. Un tentative de limiter l’endogamie du milieu politique. Une étude publiée par le CRISP en 2015 montrait que 2 tiers des députés fédéraux et régionaux environ, étaient issu du sérail et exerçaient déjà un mandat avant l’élection de 2014.

De plus en plus de candidats d'ouvertures? 

Les partis ont toujours plus ou moins recruté des candidats dans la société civile. Ce n'est pas nouveau et heureusement les listes ne sont pas constituées que d’apparatchik. Il faudrait une étude approfondie du profil des candidats sur les 20 dernières années pour affirmer qu’il y en a plus aujourd'hui. Ce qui est certain par contre c’est que les partis communiquent beaucoup autour de leurs prises de guerre et de leur ouverture à l’extérieur.

Defi a présenté François de Smet, ancien monsieur migration de Myria. Le MR sort Michel De Maegd, journaliste RTL. Le PS avance Delphine Chabbert, de la ligue des famille. Ecolo recrute Anouk Van Gestel, hébergeuse de migrants. Le PTB présente Françoise De Smedt, ancienne travailleuse en milieu hospitalier. Chacun dans son style.

Michel De Maedg fait plus de bruit que les autres

Parce qu’il est connu Michel De Maedg sort du lot. Or, on ne peut pas dire que la profession de journaliste soit sous représentée dans les assemblées. En particulier sous l’étiquette MR. C’est même tout à fait l’inverse. La profession s'y bouscule, puisqu'il y a déjà Olivier Maroy au parlement wallon et Frédérique Ries au parlement européen. Le MR cela dit n’est pas le seul à jouer cette carte, l’autre parti spécialiste du genre est flamand, c’est la NVa. Il y a trois journalistes nationalistes dans les assemblées, Siegfried Bracke, VRT, Jan Becaus VRT et Paul Vandendriessche VTM. Le CDh a eu Anne Delvaux ou Jean Paul Procureur de la RTBF. Ecolo aussi avec Jacques Beaudoin, Josy Dubié ou Jean Claude Defossé, de la RTBF. La liste n'est pas exhaustive. 

Trop de journalistes en politique ? 

Chaque engagement est évidemment respectable d’un point de vue individuel. Certains journalistes font ou ont fait des très bons députés, d'autres ont échoué. Par contre ça commence à faire beaucoup. Surtout si on prend en compte les journalistes qui travaillent aujourd’hui au sein des partis comme communicants ou collaborateurs. Cela révèle un entre-soi, une reproduction des élites qui ne va pas améliorer la confiance des citoyens dans les partis et dans les médias.   

Car le problème est que les parlements représentent encore assez mal la sociologie de société, même si ça s’améliore. Mais globalement par exemple il y a toujours très peu d’ouvriers. En 2014 au fédéral sur 150 députés il y en avait qu'un, une ancienne ouvrière de Ford Genk.

Mais quand on y regarde le parlement n’a jamais été à l’image de la société. Il faut éviter de se focaliser uniquement là dessus. La question est de savoir en démocratie si l’élite, c’est à dire les gens élus par le peuple, ont la capacité à répondre aux besoins et aux attentes de leurs électeurs. Aujourd’hui les enquêtes d’opinions disent qu’une majorité de citoyens pense que ce n’est plus le cas, que les élus ont failli. Et ce malgré les candidats d’ouverture et le débauchage de journaliste qu’on annonce à chaque scrutin. Croire que l’ouverture est la seule solution, est une illusion.



 

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