Les limbes de l'espace Schengen

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Vous n'imaginez pas à quel point les Européens peuvent être chochottes parfois. Alors quand ils n'osent pas dire tout haut ce qu'ils pensent très fort tout bas, comme des gamins dans une cour de récré, ils se planquent derrière le plus courageux de la bande qui monte au front, et quand on ne les regarde pas les Européens l'encouragent "ouais ouais vas-y, et dis bien ça, ouais c'est bien".

Dans le rôle du plus courageux, ces jours-ci, on retrouve l'Allemagne. L'Allemagne qui a déconseillé à la Roumanie et la Bulgarie de refaire une ènième demande d'adhésion à l'espace Schengen, cet espace sans contrôle systématique aux frontières.

"Si lors de la réunion des ministres de l'intérieur aujourd'hui, vous déposez cette demande, a prévenu Berlin, j'y mettrai mon veto". Et un seul non suffit pour refermer le dossier.

Les deux pays semblent totalement résignés conscients que derrière l'Allemagne il y a un troupeau de pays qui soutiennent franchement l'Allemagne (comme les Pays-Bas, la Finlande ou la France) ou qui la soutiennent discrètement (les autres).

Et donc la Roumanie et la Bulgarie flottent dans les limbes de Schengen.

Parce que les Roumains et les Bulgares sont techniquement prêts, c'est la Commission qui le dit. Ils ont modernisé leurs frontières avec les pays non-européens, formé leurs douaniers, adopté le système informatique, bref ils sont prêts techniquement.
 
Sérieux doutes

Les Européens ont des doutes et ils ont raison sur certains points, la Commission souligne régulièrement que dans ces deux pays, la lutte contre la corruption et la grande criminalité est insuffisante. Et après tout, quand un état rentre dans cet espace Schengen, les autres pays lui font confiance pour surveiller les frontières de l'Union avec l'extérieur, il faut mériter cette confiance.

Mais tout se passe comme si la faute revenait exclusivement à ces deux pays coupables de ne pas être prêts à entrer dans un espace où on les attendrait avec tellement d'impatience.

La vérité, c'est que les Européens se méfient de cet espace Schengen, ils n'ont aucune envie de l'élargir.
Ils sont nombreux à tenter de faire croire qu'avant Schengen l'immigration illégale, la criminalité transfrontalière n'existaient pas. Ils sont nombreux à donner l'impression que cet espace c'était une utopie de baba cools, de "peace and love" qui pensaient que nous sommes tous frères et qu'il faut supprimer toutes les barrières.

Ils oublient tout de même que cet espace ne supprime pas tous les contrôles, juste les contrôles systématiques aux frontières. Cet espace est doté d'un réseau informatique qui renforce la coordination entre les douanes de tous les Etats membres, que les personnes indésirables dans un pays sont signalées dans tout l'espace, que les biens volés dans un pays sont traqués dans tout Schengen. Pas forcément baba cool tout ça.

Bien sûr la Roumanie et la Bulgarie doivent encore faire leurs preuves mais les Européens feraient bien d'expliquer qu'ils veulent surtout une réforme de l'espace Schengen.

Pas celle proposée par les Etats qui se contentent de vouloir simplement refermer les frontières pour éviter que les milliers de réfugiés arrivés en Italie ou à Malte remontent jusque chez eux. Non une réforme qui organiserait une vraie gestion partagée d'un espace commun.

Un espace où chacun arrêterait de croire que tous ses soucis viennent de son voisin incompétent, un espace où les dossiers d'immigration illégale seraient réglés au niveau européen et non plus au niveau des états membres.

Exactement le contraire de ce qui se passe aujourd'hui.

Anne Blanpain

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