Les leçons du casting ministériel

Les leçons du casting ministériel
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Première leçon, on assiste à un renouvellement en demi-teinte. Sur les 13 ministres, 6 sont des primo ministres, ils sont ministres pour la première fois. Parfois avec une solide expérience locale ou de député (comme Frédéric Daerden ou Caroline Désir au PS). Parfois sans aucune expérience, comme Céline Tellier qui vient d’inter-environnement Wallonie chez Ecolo ou Valérie Glatigny chez les libéraux.

Notons au passage que sur les 6 primo ministres, 5 sont des femmes. Dans les partis le renouvellement est visiblement confié aux femmes. Renouvellement aussi car des piliers socialistes des exécutifs régionaux et francophones s’en vont comme Jean Claude Marcourt, que l’on retrouvera au fédéral ou Rudy Demotte.

Continuité

Pourtant, ce renouvellement est en demi-teinte. D’abord la ministre présidence est confiée à Elio di Rupo qui remplie pour la troisième fois. Ce qui veut dire, en passant, qu’il va abandonner la présidence du PS. La question: c’est quand ? Le prince Charles, Paul Magnette, attend.

Renouvellement en demi-teinte ensuite car les trois ministres libéraux wallons faisaient partie de l’ancien gouvernement et qu’au total 6 ministres sur 8 ont déjà été ministres wallons par le passé.

C’est en fédération que le renouvellement est le plus marqué. Pour les 5 ministres de l’exécutif c’est une première à la fédération. Mais surtout 4 de ces ministres n’ont aucune expérience. Seul le ministre président Pierre Yves Jeholet (MR) peut prétendre à une expérience, mais très légère, seulement 18 mois à la région wallonne.

La présence du MR est aussi en soi un renouvellement puisque ça fait 15 ans (depuis 2004 et la fin du gouvernement Hasquin) que les libéraux ne s’étaient plus glissés à la fédération. En passant pour signer leur retour, ils placent à la tête de l’institution un homme qui il y a quelques mois encore appelait à sa disparition.

Compétences très classiques

Mais les personnalités seules ne font pas un renouvellement. La répartition des compétences est au moins aussi importante. Et là, aucune surprise en Wallonie. En gros, les libéraux ont l’économie, les aéroports et les finances, des portefeuilles assez classiques chez eux. Le PS a le logement, les pouvoir locaux, l’emploi, la santé. Ici aussi c’est du classique. Ecolo, enfin, à l’environnement, le climat la mobilité. Oui du grand classique.

En fédération l’enseignement revient au PS cela fait 10 ans qu’il était aux mains du cdH. Il y a bien quelques premières dans la répartition des compétences (la culture chez Ecolo), mais assez peu. De ce point de vue cette tripartite n’instaure pas une rupture.

Déséquilibre

Ces exécutifs doivent encore créer les conditions de la confiance. Et on sait que ce sera compliqué, que ces trois-là ne voulaient pas se retrouver ensemble. Et là un premier élément va jouer, surtout au niveau wallon c’est le déséquilibre qui existe entre le casting des socialistes, des libéraux et des Ecolos.

Car le MR et le PS ont fait monter ceux qui ont négocié les accords au plus haut niveau. Les hommes forts sont là : Elio di Rupo et Willy Borsus. Ecolo lui place comme vice premier Philippe Henry. Ancien ministre de l’exécutif 2009-2014, il avait eu bien du mal à s’imposer à l’époque face au PS et au cdH. L’autre personnalité écologiste est une novice en politique, Céline Tellier vient de la société civile. C’est audacieux, c’est en ligne avec l’esprit d’ECOLO, mais c’est politiquement très, très risqué.

Céline Tellier qui dit être adepte de l’holacratie. Savez-vous ce que c’est ? "C’est un système d’organisation de la gouvernance qui permet de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d’une organisation fractale d’équipes auto-organisées".

Il faudra beaucoup d’organisation fractale auto-organisée pour s’imposer face au dinosaure Elio di Rupo. Mais Ecolo peut se consoler. Ses deux précédents passages à l’Elysette ont été furtifs. Elio di Rupo n'est jamais resté en bord de Meuse plus de deux ans.

 

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