Les grandes courses cyclistes, cette passion partagée du PS et du cdH

Les grandes courses cyclistes, cette passion du PS et du cdH
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Ce n’est pas la Doyenne, titre dont peut s'enorgueillir sa grande sœur Liège-Bastogne-Liège, du haut de son prestige séculaire. Ce n’est pas ce que les férus de mollets épilés appellent un "monument". Mais quand même, dans un cyclisme de plus en plus globalisé qui couronnera cette année son champion du monde au Qatar, à 80 (camions) balais, la Flèche wallonne est assurément une course mythique, de celles qui ont fait la légende de ce sport.

Un événement populaire, largement couvert médiatiquement, qui draine les foules le long des routes, et qui dès lors forcément séduit le monde politique.

Depuis 1983, les lauriers reviennent au costaud qui aura dompté le plus promptement le terrible Mur de Huy, pic montagneux à la hauteur du plat pays. Ce Mur, devenu depuis longtemps symbole incontournable de la course. Cette ville, devenue depuis longtemps un fief du PS.

Pendant de très longues années, la course s’est élancée de Charleroi, autre cité rouge, passée un temps aux mains d’un maïeur cdH.

Passion commune

C’est frappant. Ces deux partis semblent vouer une véritable passion à cette épreuve. Depuis 2013 et le lancement du principe d’itinérance de la ville-départ, ils ont même instauré une parfaite alternance: Binche (PS) en 2013, Bastogne (cdH) en 2014, Waremme (PS) en 2015 et Marche-en-Famenne cette année, ville cdH du fraîchement ex-ministre des Sports, René Collin (cdH).

En fait, au cours des 30 dernières années, seuls Spa et son bourgmestre MR ont, à trois reprises, contrarié la mainmise socialiste et démocrate-humaniste sur la Flèche. Et ça ne s’est plus produit depuis 1997…

Cette singulière adoration de la coalition rouge-romaine pour la petite reine se prolonge dans d’autres courses. Dont Liège-Bastogne-Liège évidemment. Qui comme son nom l’indique part et arrive dans la cité ardente, ou presque. Car depuis le début des années 90, l'arrivée sur le central boulevard de la Sauvenière a été remplacée par une dernière ligne droite jugée sur les hauteurs de Ans, une autre cité dirigée par les Socialistes.

L’histoire d’amour entre Liège et le vélo est longue. La société ASO, qui organise le Tour de France et les deux courses précitées, a même signé une convention de partenariat avec la Province. La Grande Boucle revient d’ailleurs souvent chez nous. La dernière fois en 2015. Avec une arrivée d’étape à Huy (PS) et un départ le lendemain à Seraing (PS).

En 2012, le Tour était resté plus longtemps en Wallonie. Pour un prologue Liège-Liège (PS), une 1e étape entre Liège et Seraing (PS), et une 2ème entre Visé (ha, un bourgmestre MR) et Tournai (PS).

D’autres grandes courses internationales n’échappent pas à ce qui ressemble à une tradition bien ancrée. Ainsi, en 2006, le Tour d’Italie a lui aussi fait une incursion de quatre jours en Wallonie. Quatre étapes entre Seraing et Seraing (PS), Mons (PS) et Charleroi (PS), Perwez (cdH) et Namur (PS à l’époque), Wanze (PS) et Hotton (alors PS ).

Etrange récurrence

Personne évidement ne confirmera la thèse du saupoudrage politicien. Et il faut reconnaitre que les critères à remplir pour accueillir le départ ou l’arrivée de telles épreuves sont nombreux, et qu'ils peuvent pousser à l'abandon les moins motivés.

Il faut les routes adéquates évidemment, de larges avenues ou de belles côtes. Il faut de préférence avoir un patrimoine naturel ou architectural à mettre en valeur, c’est un atout pour les images tournées depuis un hélicoptère. Il faut un site susceptible d’absorber les spectateurs et la caravane. Il faut parfois procéder à des aménagements urbains, pour la sécurité des coureurs. Il faut accepter les soucis de mobilité engendrés par le passage des coureurs et des suiveurs. Il faut se résoudre à mettre à contribution les forces de l’ordre et les services de secours. Il faut souvent puiser dans son budget pour être l’heureuse élue, même si les coûts sont normalement compensés par les retombées économiques et publicitaires. Il faut parfois profiter d'un courant événementiel, comme pour le Giro 2006 et la commémoration des 50 ans du début de l’immigration italienne.

Et puis surtout, il faut aimer le vélo.

Objectivement, si les villes et communes précitées ont été désignées, c’est parce qu’elles rassemblaient l’ensemble ou une bonne partie de ces prérequis.

Mais il est difficile de ne pas y voir en outre un choix politique, le poids de certaines baronnies qui se partagent les effets dopants supposés de la notoriété des courses et du peloton. Une telle répétition est forcément suspecte. Surtout quand on sait l’appétence des élus pour la photo souvenir sur le podium, entre la miss et le valeureux pédaleur.

L’an prochain, la Flèche partira de nouveau de Binche.

Les communes MR, voire Ecolo, qui jalouseraient le PS et le cdH ne doivent pas perdre espoir: Chaudfontaine (MR) accueille le départ du Grand-Prix de Wallonie depuis 2003.

Mais il s'agit d'un prix de consolation, d'un accessit, car si la course est fort belle, elle est nettement moins prestigieuse que la Flèche, la Doyenne ou le Tour.

Allez, vive le sport !

@RudyHermans

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