Les dégoûtés et le dégoûtant

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Fallait-il abandonner la Chambre au seul Laurent Louis? Réflexions.

 

De l’incident Laurent Louis, il faut malheureusement retenir que la démocratie est impuissante face à l’abjection de l’un de ses représentants.

Lorsque le représentant du Brabant Wallon est monté à la tribune de la Chambre pour interroger la ministre de l’Intérieur, les autres députés n’ont eu d’autre choix que de quitter l’hémicycle en signe de protestation. Mais en faisant cela, il abandonnait la Chambre, cœur de la démocratie au pire représentant de celle-ci. Etrange paradoxe.

Le président de la Chambre a bien dû également reconnaître que son institution est impuissante à empêcher les débordements, voire les abjections de l’un de ses membres. Seul en définitive, Benoît Lutgen en tapant sur les doigts de Laurent Louis (au sens propre !) hier dans l’hémicycle aura eu une réaction…

Toute la classe politique en est réduite aujourd’hui à espérer que la Justice se saisisse de l’affaire. Le pouvoir législatif, les élus du peuple, doivent donc s’en remettre au pouvoir judiciaire car il ne peut, ne sait sanctionner ni même simplement examiner le cas de l’un des siens.

Le statut de parlementaire permet en effet toutes les dérives. Il les protège même. On l’a vécu récemment avec le Belang vociférant le " Vlaams Leeuw " dans l’hémicycle, on y a connu les outrances de Jean-Pierre Van Rossem. Tout cela succédant aux rexistes des années 30, dénonçant déjà la classe politique en place et le grand complot. C’est finalement de ces derniers dont Laurent Louis est le plus proche héritier.

Le monde politique en est réduit plus que probablement à attendre 2014 que la démocratie et le vote populaire tranche la question et renvoie ce triste individu à ses délires… sans immunité parlementaire cette fois.

La démocratie comme l’expression de celle-ci, reste une chose fragile.

Résonne curieusement la sentence de feu Pol Vanden Boeynants : dans la politique, quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera que les dégoûtants. C’est un peu malheureusement le sentiment que l’on a eu ce jeudi après-midi quand le cœur de notre démocratie a été déserté par ses véritables représentants.

 

Philippe Walkowiak

 

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