Les "deeply concerned" de la politique étrangère européenne.

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Depuis des mois, les Européens discutent de la Syrie, ils appellent Bachar El assad au dialogue, lui demandent de partir, ils assurent les opposants syriens et les civils de leur sympathie, ce qui leur fait tout de même une belle jambe aux Syriens.

Parfois quand ils sont très, très, très fâchés, les Européens se disent "deeply concerned", ça en langage européen, c'est vraiment le stade ultime de la colère. Mais dans les faits, dans les crises aigues ils sont nuls.
Les Européens sont nuls pas parce qu'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord mais parce qu'ils refusent de le reconnaître, ils chipotent, ils se tirent dans les pattes mutuellement. Alors que lundi, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères, ils auraient pu expliquer que voilà, le dossier est délicat, qu'il divise l'Union et qu'il n'y aura pas de compromis possible.
Et d'ailleurs comment imaginer un jour que 27 pays, grands ou petits, ancienne puissance coloniale ou pas, puissance militaire ou non, comment imaginer qu'un jour ces 27 pays à l'histoire et aux intérêts si différents aient la même vision du monde?

Ca arrive parfois, mais imaginez-vous la France ou la Grande-Bretagne laisser l'Union parler en leur nom sur la scène internationale?
On peut en rêver, on en a rêvé d'ailleurs mais au bout d'une petite cinquantaine de réunions se terminant par "deeply concerned", il fallait bien reconnaître que ça ne marcherait pas et que finalement, l'Union était surtout unie dans une sorte de compassion du carnet de chèque pour aider les populations à survivre aux crises dans lesquelles l'Union ne voulait pas ou ne pouvait pas s'engager.

Levée de l'embargo sur les armes

Lundi, les Européens n'ont pas vraiment eu le choix. Ils n'ont pas levé l'embargo sur les armes, ce serait une décision ça, non, ils ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur le maintien de cet embargo qui expire le 31 mai.
Londres menaçait même de mettre son véto à toute sanction, qu'elle soit financière, commerciale ou autre à l'égard du régime Assad si on ouvrait pas la possibilité de livrer des armes.
Alors coincée entre ses divisions et sa volonté de montrer qu'on ne laisse pas tout à fait tomber les Syriens, les Européens bricolent quelques conditions pour que la décision des uns ou des autres de livrer des armes ait encore un semblant de vernis européen.
On n'est pas d'accord sur la nécessité de livrer ou non des armes aux Syriens mais au moins on est d'accord sur la manière dont on doit le faire.
On peut lire dans les conditions, que l'état qui livrera ces armes devra s'assurer qu'elles finissent bien entre de bonnes mains.
Autant dire que ça va être facile à vérifier sur le terrain, ça.
Et toujours pour garder un semblant de vernis européen, les Européens sont sortis de réunion en expliquant qu'aucune arme ne serait livrée avant le 1er aout, pour laisser une chance à la conférence internationale prévue en juin.
Mais à nouveau, l'encre de la déclaration des 27 n'était pas encore sèche que la Grande-Bretagne et la France annonçaient qu'elles pourraient ne pas attendre cette date du 1er aout pour livrer leurs armes.
Les Européens pourraient simplement reconnaître les limites de leur Union, ils pourraient proprement assumer leurs désaccords sur ces grands dossiers délicats, et s'il y a bien UN dossier délicat en ce moment c'est bien la livraison d'armes aux rebelles syriens. Reconnaître leurs divisions n'enlèverait rien à leur crédibilité, contrairement sans doute au chantage, aux bricolages et aux déclarations signées que l'on trahit 24h plus tard.

Anne Blanpain.

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