Le Vlaams Belang banalise-t-il le PTB ?

Le président du PTB, Peter Mertens, a débattu avec le Vlaams Belang en Flandre durant les vacances de Noël. L’interview a fait polémique. Raoul Heddebouw, député PTB, est de sortie aujourd’hui dans Le Soir. Et il assume. Il assume donc cette interview et cette photo ou Peter Mertens le président pose tout sourire avec Tom Van Grieken, le pimpant président du Vlaams Belang.

La photo, plus que l’interview dans le journal De Zondag que peu de francophones ont lue, a déclenché des réactions côté francophone. Réactions dans l’opinion et réactions dans le monde politique. Au MR, le président Georges Louis Bouchez estime que c’est là un signe que le Belang et le PTB appartiennent : “au même registre populiste et dangereux pour le pays”. Chez Ecolo, Jean Marc Nollet et Raja Maouane les coprésidents se demandent : “comment le président du PTB, prétendument défenseur des libertés individuelles, peut poser fièrement aux côtés du Président d’un Parti raciste et nationaliste.”

Bref le PTB est attaqué. Raoul Heddebouw répond ce matin qu’il faut affronter l’extrême droite là où elle est présente, c’est-à-dire en Flandre. Il revendique la nécessité de la combattre. Pour ça, il fait ce qu’on fait avant lui les autres partis en Flandre (sans exception), il débat avec le Vlaams Belang. Il lui offre en passant une visibilité supplémentaire.

PTB en difficulté ?

Oui mais côté francophone seulement. Car le débat public n’obéit pas aux même règles. C’est la nature de parti national qui pose problème au PTB. Il est obligé d’assumer dans le Sud une stratégie qui ne vaut que pour le Nord. Les normes ne sont pas les mêmes en particulier le traitement médiatique de l’extrême droite et le fameux cordon sanitaire. Le PTB se retrouve donc à cheval sur deux opinions publiques, deux systèmes médiatiques, deux systèmes de valeurs ce qui est très inconfortable pour lui.

C’est le prix à payer de sa lecture marxiste des enjeux. Les clivages culturels, religieux, médiatiques qui construisent les opinions passent derrière le clivage socio-économique. Un clivage qui au PTB est analysé par le spectre unique de la lutte des classes. La lutte des classes contre la lutte des identités ethniques. Voilà le match offert par cette interview.

Un débat inutile ?

La question de la nécessité du débat avec l’extrême droite est très discutée. Pour en rester aux faits, il faut constater que jusqu’ici les débats avec le Vlaams Belang en Flandre ne sont pas parvenus à vider le réservoir électoral de l’extrême droite. Le Vlaams Belang est à 18% en Flandre. Le PTB prétend être le premier à vraiment combattre frontalement le Vlaams Belang en dénonçant leur collusion avec l’élite économique du pays. Or, chaque parti a cru à un moment être le premier à trouver le bon angle d’attaque, sans y parvenir. Bart de Wever a la N-VA l’a cru, Kristof Calvo chez Groen l’a cru, John Combrez au SPa l’a cru aussi. On pourrait dire que c’est la première fois qu’un parti anti-establishement s’oppose au Vlaams Belang sur le même terrain. C’est faux, en Flandre les Jean Marie Dedecker, Hugo Coveliers ou Jean Pierre Van Rossem, tous en rupture de ban avec la classe politique traditionnelle ont débattu avec le Vlaams Blok/Belang. Sans succès.

C’est par contre la première fois qu’un parti anti-establishement de gauche, conteste la nouvelle ligne sociale-identitaire du Vlaams Belang. Mais ce qui est vraiment marquant dans cette interview c’est surtout que le PTB, PVDA soit reconnu, un peu plus qu’hier, comme interlocuteur légitime en Flandre. Avec ses 5% au Parlement flamand, sa présence se normalise dans le paysage médiatique. Or, se normaliser en Flandre, cela passe par débattre avec l’Extrême droite qui fait partie des meubles médiatiques.

Cela peut paraître étonnant pour les francophones, mais les sondages montrent que le Vlaams Belang suscite moins de rejet que le PVDA dans l’opinion publique du nord. L’extrême droite est moins clivante et a un potentiel électoral beaucoup plus grand que la gauche radicale. Paradoxalement, peut-être que la seule manière pour le PTB d’apparaître comme une alternative plus rassurante est d’apparaître au côté du Vlaams Belang. Car ne nous y trompons pas. Nous francophones pensons que le PTB banalise l’extrême droite en débattant avec. Mais les études de l’opinion publique en Flandre montrent que le Vlaams Belang est déjà largement banalisé à l'inverse du PTB/PVDA qui reste très mal perçu. Notre regard doit donc s’inverser. La première conséquence possible de ce genre d’interview c’est que le Belang banalise le PTB.

 

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