Le ticket unique à Bruxelles : putain, 20 ans !

Il y a aura bientôt un Brupass, un ticket unique de transport en commun Stib, TEC, SNCB, De Lijn dès le 1er février pour circuler dans et autour de Bruxelles. Il aura fallu des dizaines d’années de discussions. Pour les navetteurs ou pour les Bruxellois, c’est évidemment une évidence. Un ticket, c’est plus facile que quatre. Un plan tarifaire, c’est plus facile que quatre. Bon, il y en aura quand même deux, il ne faudrait pas faire trop simple non plus. Il y aura une zone Brupass avec ticket unique sur le territoire des 19 communes et une zone Brupass XL un peu plus cher pour les communes limitrophes de Bruxelles.

Une différence de tarifs qui peut se justifier par la distance plus grande. Mais qui a évidemment aussi une base administrative et politique. Il fallait continuer à marquer une discontinuité entre Bruxelles et sa périphérie. Parce que c’est comme ça, ce ticket unique, ce ticket sans frontière, sans langue et sans territoire va à l’encontre du découpage régional voulu par le politique. D’ailleurs le Ticket unique sur l’ensemble de la zone RER est toujours à l’image du RER, en chantier.

Et le RER ?

Le nouveau ministre fédéral de la mobilité, l’Ecolo Georges Gilkinet annonce pourtant vouloir avancer dans ce dossier. "Oui, les astres sont alignés", dit-il. Mais il évite soigneusement de donner une date, un délai comme ses prédécesseurs l’avaient fait à leurs dépens. On parle du RER depuis la campagne électorale de 1987. La SCNB intègre le projet à son plan d’investissement en 1990. Il y a donc trente ans. Une génération. En 1990 les radios crachent les New Kids on the Block et Francois Feldman, ses Valses de Vienne.  A l’époque Jacques Cornet (directeur général adjoint de la SNCB) prévient :

Avec le budget actuel, le projet du RER risque de s’étaler sur une période tellement longue qu’on ne pourrait contribuer à l’amélioration de la mobilité. Dans le meilleur des cas, si nous obtenons les budgets on pourra techniquement terminer ce RER dans une dizaine d’années (en 2000 donc ndlr).

Le fédéralisme et "l’expérience utilisateur"

Cela fait donc 20 ans que techniquement le RER aurait pu être terminé. 20 ans aussi que cette zone tarifaire unique aurait dû être une réalité (RER ou pas). Mais le fédéralisme belge se fout de l’expérience utilisateur. Et c’est assez simple à comprendre. Les régions ont été pensées sur une base territoriale, sans hiérarchie entre les niveaux de pouvoir. Chacun a raison tout seul. Bruxelles s’est longtemps par exemple inquiétée de l’exode urbain des classes moyennes que le RER viendrait renforcer. Les Flamands du coup imaginaient que ce RER pourrait amener (oh quelle horreur) plus de francophones en périphérie. Les Wallons avaient d’autres priorités en matière d’investissement ferroviaire.

Et ce n’est là qu’un exemple. Il y a des dizaines d’autres préventions croisées du genre dans ce dossier. L’évidence c’est que chaque région agit de plein droit, et politiquement cela peut se comprendre. Mais le dossier du RER est l’exemple par l’absurde des faiblesses du fédéralisme belge, des enchevêtrements de compétences inextricables et l’absence de hiérarchie de normes.

Depuis que Gaston Eyskens a déclaré en 1970 que l’Etat unitaire était "dépassé par les faits". A raison, la Belgique a reconnu enfin les intérêts et les spécificités des régions et des communautés. Mais ce dossier du RER est devenu l’exemple d’un fédéralisme lui aussi "dépassé par les faits". Car les mouvements de biens et de personnes autour de Bruxelles s’imposent qu’on le veuille ou non aux nouvelles constructions institutionnelles.

La nécessité d’une offre de transport en commun tenant compte de la réalité observée par les géographes démontre l’existence d’un "intérêt supérieur à ceux des régions", un "intérêt fédéral", voire gros mot, un "intérêt national". Sans hiérarchie des niveaux de pouvoir et avec des compétences éclatées, cet "intérêt supra régional" est le point aveugle du fédéralisme belge. Il n’a pas été pensé pour ça. 20 ans pour faire un ticket unique.20 ans que le RER aurait dû être terminé. Putain, 20 ans !

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