Le supplice chinois du PTB

La répression féroce de la Chine contre les Ouïghours peut-elle faire vaciller le PTB ? Le sujet était une nouvelle fois à l’ordre du jour du Parlement fédéral, avec l’audition d’une rescapée ouïghours. La séance n’a pas pu se tenir à cause d’une cyberattaque. Mais le PTB n’en a pas fini de devoir se défendre sur le sujet.

Stratégie

Ecolo et le PS ont développé ces derniers temps une véritable stratégie, axée -c’est assez rare en Belgique-, sur une question de politique internationale. La question de la répression, voire du génocide des Ouïghours par la Chine est évoquée dans des conseils communaux, dans les Parlements régionaux, au Parlement fédéral. A chaque fois le PTB s’abstient de voter des motions condamnant l’attitude de la Chine.

Le PTB, le parti qui se présente comme le parti des dominés, des sans voix, se retrouve à défendre dans de longs argumentaires son abstention alors que la Chine réprime férocement une minorité.

Le PTB, habitué à jouer l’attaque, joue ici la défense. Le PTB focalisé sur des postures simples, lisible dans l’espace public, se retrouve à devoir faire dans la nuance, à expliquer la complexité des questions géostratégiques. En résumé, le PTB explique la nécessaire balance des intérêts entre le modèle autoritaire chinois d’une part et l’impérialisme américain de l’autre. Cette balance d’intérêt ne permettrait pas, selon les communistes, une condamnation unilatérale de Chine dans le dossier des Ouïghours.

Endiguement

Alors pour le PS et Ecolo, on pourrait parler de stratégie d’endiguement, de frein à la croissance du PTB. Mais il est peu probable que ce dossier conduise le PTB à reculer. Pourquoi ? Il faut faire un peu de sociologie électorale.

Une grosse partie de l’électorat du PTB est constitué d’ouvriers et du public moins diplômé. C’est-à-dire ceux qui ont moins de capital économique et culturel, même si les deux dimensions ont tendance à se dissocier. Pour ces deux électorats, deux préoccupations majeures ressortent clairement : les questions socio-économiques d’une part et les questions de défiance vis-à-vis des partis traditionnels d’autre part. Ce sont les deux mamelles du PTB. Un électorat surtout chipé au PS.


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Mais à côté de cette base, le PTB est parvenu aussi à construire un vote auprès des plus diplômés notamment dans les grandes villes. C’est indispensable si le PTB veut continuer sa croissance. Là il est en concurrence plus directe avec Ecolo. Cet électorat plus "classe moyenne" est plus sensible aux questions d’égalité de droits, d’écologie, de démocratie. C’est le vote culturel. On voit qu’aux Etats Unis et en Europe ces questions pèsent de plus en plus lourd dans le vote. Pour cette partie de l’électorat, l’attitude du PTB peut poser problème. Du coup, PS et Ecolo mettent tout en œuvre pour ne pas banaliser le PTB, en laissant entendre que le PTB n’a pas une attitude limpide sur le respect des droits humains.

Vote musulman

Enfin il reste une dernière dimension dans ce vote culturel, c’est le vote des immigrés ou des Belges d’origine étrangère. A Bruxelles surtout le PTB a aussi réussi à performer dans cette catégorie-là, en particulier les jeunes. Or, les Ouïghoures sont musulmans, leur persécution par la Chine peut devenir un sujet très sensible dans les communautés musulmanes de Belgique.

Pour toutes ces raisons, le PTB, sans risquer l’effondrement, risque d’être freiné, stoppé avec ce dossier. Ce sera surtout le cas si la Chine dans les prochaines années se montre de plus en plus autoritaire et répressive ou se montre hostile par exemple avec Taïwan. Dans ce cas, la posture prochinoise du PTB pourrait bien limiter leurs ambitions électorales. Peut-être bien, un vrai supplice chinois.

 

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