Le sud bientôt sans le sou ?

Le sud bientôt sans le sou ?
Le sud bientôt sans le sou ? - © Tous droits réservés

Au nord du Pays on parle beaucoup de la dégradation de la situation budgétaire. On en parle très peu chez nous alors que la situation est bien plus préoccupante. L’attention médiatique nordiste est sans doute liée au démarrage piteux du nouveau gouvernement flamand. Jan Jambon a refusé de livrer les chiffres budgétaires, dans un premier temps au parlement ce qui a suscité un intense débat. Et puis, une fois révélés, le montant des économies a surpris. Pour contingenter le déficit autour de 400 millions d’euros d’ici 2021, la Flandre va réaliser deux milliards d’économie. Plusieurs secteurs sont touchés, dont la culture avec par exemple un plan d’économie drastique à la VRT.

Chez nous, dans le sud, on parle beaucoup moins de gros sous. Le report de l’équilibre en 2024 en Wallonie aide beaucoup. On s’endette, puisque s’endetter ne coûte plus grand-chose aujourd’hui. Mais l’endettement cache mal une dégradation des finances publiques.

La fédération sous pression

A Bruxelles, le trou budgétaire pour 2020 était d’un peu plus d’un milliard, sur un total de 5,3 milliards de dépenses. Pourtant, la région a annoncé un budget en équilibre en 2020, avec à la clef des solides questions. Les investissements stratégiques de 500 millions d’euros sont hors périmètre de la dette. Mais dans ces investissements on retrouve la rénovation des tunnels. Pas certain que ça passe le cap au niveau européen. Des économies sont prévues, mais encore très floues.

En Wallonie, la pente est encore plus savonneuse. Seule solution, le report de l’équilibre en 2024. Et beaucoup d’observateurs sont sceptiques quant à la capacité de la région de rentrer dans les clous dans 5 ans.

Mais la situation est encore plus inquiétante à la fédération Wallonie Bruxelles. 700 millions de déficit en 2020. Sur un total de 15 milliards environ. C’est tout simplement énorme, surtout si l’on sait que la communauté française est entièrement dépendante du mécanisme de financement fédéral, elle n’a pas d’autonomie fiscale. On va donc s’endetter, et pas qu’un peu. L’université de Namur, qui fait autorité en matière d’analyse du budget de la communauté a calculé que la dette va passer de 8 milliards à 12 milliards à la fin de la législature. Cette situation n’est pas durable. Surtout si la situation économique se dégrade encore. Car les dépenses elles sont en augmentation, en partie à cause du pacte d’excellence.

Comme les années 90

Selon le syndicaliste Eugène Ernst de la CSC, on se rapprocherait lentement mais sûrement d’une situation comparable à celle des années 90. A l’époque la communauté française était face à un mur budgétaire. Elle a dû annoncer plusieurs plans d’économies, ce qui a mis les profs et les étudiants dans la rue. Les politiques étaient sous une telle pression qu’ils ont été contraints de demander un refinancement de la communauté contre une nouvelle réforme de l’Etat.

Les règles de financement sont aujourd’hui plus favorables, mais la solidarité est appelée à diminuer lentement dans les prochaines années. Si les francophones devaient revenir une nouvelle fois, réclamer de l’argent au nord du pays, cela conduirait sans doute à solder ce qui reste du fédéral. Rapidement les francophones se verront poser la question qu’ils veulent éviter, qu’est-ce qu’on veut encore faire ensemble dans ce pays ?

A moyen terme il faudra sans doute assumer des économies dans les prochaines années. Or, il y a consensus assez large pour ne pas toucher à l’éducation et pas trop non plus a la culture. Sans ressources fiscales et sans refinancement négocié avec la Flandre, la fédération aura besoin de l’aide de Bruxelles et de la Wallonie. Ce qui veut dire oser l'autre question que les francophones veulent éviter : qu’est-ce que les Bruxellois et les Wallons veulent encore faire ensemble ?

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