Le retour en grâce du 16, rue de la loi

Il fut un temps, pas si lointain, où le 16, rue de la Loi sentait mauvais. En tout cas en Flandre, le poste était considéré comme maudit. Celui qui l’occupait était destiné à perdre. Mais la sous-médiatisation chronique des exécutifs régionaux, la centralisation obligée par le Covid, a changé la donne. C’est ce qu’on peut observer très clairement depuis quelques jours. Une intense bataille de communication à lieu pour obtenir le 16. Le PS, le MR, le CD&V, l'Open VLD se positionnent publiquement. Certains jugent que cette négociation est choquante, qu’elle prend la place sur le fond. Pourtant, trêve de pudibonderie. Après 15 mois, dans la dernière ligne droite, évoquer la question du chef du gouvernement, comme disait Antoine de Caunes "ce n’est pas sale". D’autant que la place médiatique prise par la course au 16 reflète mal la densité des discussions très technique qui se déroulent en coulisse.

Ce qui serait indécent c’est que la course au 16 devienne un point de blocage majeur qui fasse durer la négociation des mois. On n’y est pas. Même s’il y a une légère tension pour le dire très pudiquement entre les acteurs. Une tension qui reflète donc l’intérêt renouvelé des partis pour le 16, alors qu’en Flandre on l’avait un peu boudé.

Négociations en cascade

L’usage a consacré l’idée que le Premier ministre venait du plus grand parti du pays, ou bien, à tout le moins de la plus grande famille politique du pays. Pour être précis, c’est bien le plus grand parti qui, lorsqu’il sera question de la désignation des ministres, sera le premier à parler et pourra, si tel est son souhait, réclamer le 16, rue de la loi.

Le premier parti étant très très souvent flamand. C’est donc essentiellement des Flamands qui ont trusté le 16 depuis la fin des partis unitaires. Mais parfois, ils peuvent refuser. Il y a 6 ans la N-VA a ainsi laissé filer le 16. Un poste trop Belgicain, ensuite le CD&V avait lui aussi laissé filer le 16 au grand dam de Kris Peeters pour préférer un poste de commissaire européen pour Marianne Thyssen. Ce poste maudit, dont les deux premiers partis flamands ne voulaient plus, c’est finalement Charles Michel qui l’a obtenu pour le remercier de monter comme seul parti francophone dans une coalition très majoritairement flamande.

Aujourd’hui, le plus grand parti en siège et en voix est aussi issu de la plus grande famille c’est le PS. Pas de discussion, si le PS veut le 16 pour Paul Magnette, il peut le réclamer. Il sera comme on dit aux cartes, premier de parole. Mais il pourrait renoncer afin d’obtenir de plus gros postes ministériels, comme la santé. Un poste plus en phase avec sa stratégie.

Si le PS se retire, la question est de savoir qui sera deuxième à parler. En termes de famille c’est la famille libérale et en son sein le MR qui s’impose avec 14 strapontins. Viennent ensuite les écologistes 3e famille Ecolo 13 sièges. Le CD&V la joue Rémy sans famille et n’a que 12 sièges.

Mais Joachim Coens ce matin dans "De Standaard" essaie de remettre son village dans l’Église. Il envoie totalement valser le concept même de "famille politique". Il impose le critère du nombre de voix. Sur ce critère, le CD&V est deuxième parti, et le premier parti flamand de la coalition. Ce qui, selon le président du CD&V, le place idéalement après le PS, pour réclamer le 16, rue de la loi.

Le cas Sophie Wilmès

Georges Louis Bouchez, au MR ne voit pas les choses de cette façon et estime qu’il serait logique que Sophie Wilmès continue. Or, Sophie Wilmès n’est plus acceptable à ce poste ni pour le PS, le SP.a et le CD&V. De surcroît un autre élément vient jouer en défaveur du MR dans la négociation c’est le poste de commissaire européen de Didier Reynders. Joachim Coens y fait ouvertement référence ce matin dans De Standaard. Ce poste, équivaut quasiment en terme d’importance à un poste de Vice-Premier ministre. Il fait normalement l’objet de la négociation d’après élection. Ici vu le blocage, Didier Reynders a été désigné il y a un an. Mais théoriquement, le poste doit faire partie de la négociation. Les autres partis devraient proposer logiquement un autre candidat à la commission. Ou décider ensemble de garder Didier Reynders. Mais cela coûterait cher dans la négociation au MR, ruinerait définitivement l’espoir d’accéder au 16 ou même d’obtenir un très gros ministère ou une présidence d’assemblée.

De ces éléments, il paraît assez probable que le 16 reviennent à la Flandre. Et que, cette fois, elle ne le laisse plus filer.

 

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