Le retour aux sources de Bjork

L'imagerie toujours plus futuriste de l'album "Vulnicura" de Bjork
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L'imagerie toujours plus futuriste de l'album "Vulnicura" de Bjork - © Tous droits réservés

Cette semaine, on vous parle du retour anticipé forcé de la déesse islandaise, de sorties d'albums rock des 4 coins du monde dont la Belgique et de black power musical.

 

À l'abordage !

Grosse surprise cette semaine d'apprendre que même l'ultra-méticuleuse Björk n'avait pas pu résister (tout comme Madonna) à l'assaut de pirates informatiques. Ceux-ci ont en effet fait fuiter (le terme anglais leak est revenu maintes fois) quelques morceaux de l'album Vulnicura à venir en normalement mars sur des sites de téléchargement illégaux. Du coups, l'Islandaise a décidé de réagir en rendant son album disponible dès maintenant sur iTunes avant la sortie physique normale à la date prévue.

 

De ce fait, on a également appris sur sa page facebook que l'album comprenait 9 chansons dont 6 composées par elle et 2 en collaboration avec l'artiste vénézuélien Arca, qui s'est également très largement occupé de la production de l'opus. Petit génie de la création de beats, il a ainsi déjà collaboré avec Kanye West sur Yeezus et sur le LP1 de FKA TWIGS avant de sortir le novateur album Xen à son propre compte.        

 

L'album aura aussi comme figure centrale, au-delà de son thème de prédilection qu'est la nature, une rupture amoureuse qu'elle a récemment traversée et qui l'a inspirée pour l'écriture des textes. Au niveau des arrangements, on oublie l'introspection de Biophilia et on revient à des morceaux plus "accessibles" qui rappellent sa période Homogenic. Des cordes, des beats rebondissants par milliers et sa voix transperçante pour amplifier encore l'émotion.

 

On se réjouissait déjà de la voir de retour; au final, et même si la pratique de vol industriel sur la toile est on ne peut plus contestable, c'est presque le public qui est gagnant de voir apparaître telle merveille avec deux mois d'avance. Malgré ces attaques, le pavillon islandais de la reine des glaces peut encore flotter sereinement. La reine est leakée, vive la reine !  

 

2) SLEATER-KINNEY (Etats-Unis)

Autre album qui a fait grand bruit cette semaine un peu partout, celui des filles de Sleater-Kinney intitulé No Cities to Love. Trio en provenance d'Olympia dans l'Etat de Washington, elles sont de retour après une pause de quelques années et le label Sub Pop a eu le nez fin en les signant tant leur 8ème album est un véritable concentré de puissance et d'énergie rock.

Price Tag, petite bombe progressive amorce les choses en ouverture avant que Fangless et Surface Envy ne surenchérissent au niveau des mélodies musclées. Plus loin dans l'opus, on retiendra aussi A New Wave, No Anthems et le single Bury Our Friends envoyé en éclaireur voici quelques semaines. La même maîtrise à la gratte que St. Vincent, la puissance et l'urgence rock en plus. La petite bombe de la semaine.     

 

3) BELLE & SEBASTIAN (Ecosse)

On vous en parlait en début d'année comme un des albums les plus attendus en 2015, Girls in Peacetime want to dance est donc enfin sorti cette semaine. Douze nouveaux titres pour les Ecossais qui, hormis une compilation de faces b l'an dernier, n'avaient plus rien sorti depuis 2010 et l'excellentissime Write About Love.  

Cinq ans, mais on garde la même formule d'une pop fraîche (Nobody's Empire, Allie, The Party Line) et gentiment mélancolique (The Cat with The Cream, Today, Ever had a little Faith?) agrémentée ci-et-là de touches agréablement surprenantes d'afrobeat (Perfect Couples) et complètement dispensables de quasi italo-disco (Enter Sylvia Plath et Play for Today). C'est donc inégal, mais le moment est loin d'être désagréable. 

 

4) ASAF AVIDAN (Israël)

Autre sortie assez attendue de la semaine, celle du deuxième opus de l'Israélien Asaf Avidan Gold Shadow. Apparu à nos oreilles via le tube interplanétaire One Day/Reckoning Song (remixé par Wankelmut), le chanteur à la voix troublante avait démontré en live qu'il ne fallait pas s'arrêter au mattraquage FM dudit titre.

Le trouble revient donc dès l'entame de l'album avec Over my Head où le côté androgyne de son organe nous fait entendre une chanteuse soul des 60's (ou l'anglaise Duffy) mais également plus loin, une crooneuse diva à la Shirley Bassey sur My Tunnels are long and dark these days ou Part of This. Mais la voix, figure centrale de l'opus et si bluffante soit elle, se fait vite lassante et les différents styles visités (de la ballade pop rétro à la country en passant par du...music-hall à l'accordéon) en font au final un melting pot assez indigeste.

On perçoit le talent comme sur le plus épuré Gold Shadow, mais les diverses tentatives maladroites gâchent un peu le potentiel. Dommage.      

 

5) JOSE GONZALEZ (Suède)

En contraste avec ces multiples effets de voix, la justesse de ton et la candeur du génial suédois (d'origine argentin) José Gonzalez nous sautent aux oreilles. En effet, nouvelle démonstration de sa classe avec le flottant et en apesanteur Leaf Off / The Cave en provenance de son album Vestiges and Claws à venir le 17 février.

Un retour au folk planant après des digressions en rock psyché avec son projet parallèle Junip et un nouvel opus majestueux qu'il viendra défendre (avec le non-moins génial Olof Arnalds en première partie) au Cirque Royal le 16 mars. Courrez !

 

6) AZERTY (Belgique)

Autre sortie emplie de douceur, celle de nos compatriotes d'Azerty qui livrent cette semaine un bien joli premier EP intitulé Jalhay. Un projet solo à la base fomenté par Pierre Leroy, ensuite rejoint par Arnaud Clément avec qui il entrecroise sa voix avec bonheur tout au long des 6 titres, puis par le polyvalent Boris Gronemberger, le trompettiste Ludovic Bouteligier et par les voix célestes des Blondy Brownie (Aurélie Muller et Catherine de Biasio).

À l'écoute de I Pray, The Road Will Never End, It's Raining Today et Jalhay, on imagine l'aube et le soleil naissant sur une forêt des Hautes Fagnes. Mélancolique, harmoniquement splendide et surtout apaisant. À découvrir pour la release le 30 janvier à la Chapelle de Boondael à Ixelles.  

Azerty "I Pray"

 

7) CABANE (Belgique)

En Belgique toujours, on a vu apparaître cette semaine un clip magnifique et touchant en provenance de Cabane projet hybride coordonné par Thomas-Jean Henri. Un 45 tours intitulé Sangokaku enregistré entre Bruxelles, Londres, Paris et le Kentucky en collaboration avec Bonnie Prince Billy, chanteur foufou à la voix sublime et la fragile Caroline Gabard, frontwoman du très beau projet Boy & the Echo Choir injustement passé (quasi) inaperçu. Le clip comme la chanson sont un des beaux moments de la semaine. On en redemande!

 

8) LUPE FIASCO (Etats-Unis)

Né dans la banlieue de Chicago, Lupe Fiasco, de son vrai nom Wasalu Muhammad Jaco, sévit depuis maintenant 10 ans avec à son actif une floppée de productions (sa discographie et ses collaborations forment une liste interminable...). Il sort cette semaine un cinquième LP intitulé Testuo & Youth nouveau concentré de samples ingénieux et de textes engagés (il est très critique par rapport à la politique de Barack Obama cf Chopper).

Mélangeant rap et R&B, de nombreux morceaux sont également amplifiés par un piano très présent (Mural, Blur my Hands) et par des touches jazzy (Little Death, Adoration of the Magi) qui donnent un contrepoids parfait à son image (un peu stupide et cliché) de bad boy.

 

9) THEESATISFACTION (Etats-Unis)

Autre morceau hip-hop à l'intensité rare sorti cette semaine, celui du duo américain Theesatisfaction intitulé Recognition. Originaires de Seattle et eux aussi très engagés pour les droits de la communauté black, ils livrent un clip aux références historiques assez marquées. Un morceau qui vous prend aux tripes et qui fait que l'on attend encore plus de pied ferme leur album EarthEE à venir le 24 février avec des featurings de Shabazz Palaces et Meshell Ndegeocello

 

10) ANUSHKA (Angleterre)

On termine par un morceau hyper frais et coloré en ligne directe de Brighton avec Kisses récemment posté par le duo Anushka. Il s'agit en fait du troisième single de leur premier album qui porte le titre Broken Circuit. Des beats bondissants et une voix angélique, jolie mixture qui ponctue une semaine en nous mettant à la fois de la douceur dans les oreilles et en nous donnant à la fois l'envie de danser.

 

Toutes les semaines devraient se terminer par des Kisses, don't they?

Pour ma part, je vous en fais un et vous souhaite une belle semaine musicale.

David Salomonowicz

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