Le Radeau de la Méduse fédéral

Maintenant que le gouvernement flamand est formé, la poussière commence à retomber. On voit mieux le décor qui se dresse pour la scène finale : la formation du gouvernement fédéral. C’est un banc de sable au large de la Mauritanie. Un soleil couchant fait rougeoyer le ciel. Au milieu d’une mer déchaînée surgit le radeau de la méduse. C’est le célèbre tableau de Géricault. Sur un frêle morceau de bois s’entassent des corps décharnés. Attirant le regard, un homme s’échappe de la masse des chairs enchevêtrées. Il brandit un morceau d’étoffe vers l’horizon pour espérer être sauvé, et survivre.

Et pour survivre, on ne peut compter que sur soi. C’est pour ça que la N-VA a sabordé la frégate. Pour survivre elle l’a délibérément laissé s’échouer sur un banc de sable. Pour la même raison, le capitaine Charles Michel et le second Didier Reynders ont saisi leur chance et sont partis. Puis, hier Wouter Beke.

Désormais les efforts de ceux qui restent sur cette planche sont vains. Les vaisseaux régionaux, ou les goélettes des partis sont repartis, remplis. Alors les survivants doivent bien se rendre à l’évidence cette planche de bois est aussi leur planche de salut. C’est le seul navire qui leur reste.

Dans le tableau on voit clairement que certains personnages ne cherchent pas à attirer l’attention, mais à se hisser au sommet du groupe de survivants. L’espoir de devenir Premier ministre, pour quelques mois, voire plus, d’un gouvernement en affaires courantes, démissionnaire et minoritaire. Un gouvernement qui n’existe que parce qu’il n’y a rien d’autre et qu’il n’y a plus d’échappatoire. Voilà donc le décor fédéral.

Sauvetage en vue ?

On devrait avoir dans les deux prochaines semaines un changement de la formule royale, au moins pour permettre a Didier Reynders de rejoindre ses nouveaux quartiers. Mais beaucoup de partis doivent se choisir un nouveau capitaine. Le PS, le MR, le Spa, le CD & V, le VLD. Tant que tout ça ne sera pas réglé le radeau de la méduse restera sur son banc de sable. La prochaine formule de sauvetage sera sans doute plus décisive. Elle devrait normalement donner la possibilité à la N-VA de tester la possibilité de rassembler derrière elle un équipage suffisant. Depuis plusieurs semaines, elle dit publiquement vouloir discuter, vouloir une solution.

Mais difficile de faire oublier qu’elle a sabordé la méduse sans état d’âme. Difficile d’oublier qu’elle envoie pour négocier son marin le moins apprécié des autres : Theo Francken. Difficile de ne pas voir aussi à quel point la N-VA hésite sur la stratégie à suivre. Mais les francophones et le PS en particulier doivent bien constater que malgré tout, les possibilités de contourner la N-VA sont minces. Ils comptaient sur les autres, le VLD et le CD & V. Mais, ils se sont entièrement rangés derrière la N-VA. Dans le cas du CD & V en particulier, on peut presque parler d’une soumission aux nationalistes qui pourtant ne cherche qu’à les détruire. Menacé d’être remplacé par le SPa, le CD & V a baissé pavillon.

De toute façon, la N-VA a laissé entendre que, si elle avait pu elle aurait pris le large en Flandre avec le Vlaams Belang, jetant le CD & V et le VLD a la mer. Il n’y a aucune raison de ne pas les croire. En 2024 si l’occasion se représente, il n’y a aucune raison de penser qu’ils hésiteront.

Malgré ou à cause de ça, la N-VA a dicté largement ses conditions. Au fédéral il y a de bonne chance pour que le "bloc flamand" soit très compact. Le PS peut-il encore longtemps dire qu’il y a d’autres solutions que la N-VA ? Dans un premier temps, puisqu’ils sont le plus grand parti, ce sont les nationalistes qui décideront. Y aller ou pas ? Lever le pouce ou le baisser pour sauver le radeau de la méduse ?

 

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