Le PTB et la hantise du feu de paille

Bertrand Henne
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Arrêtons-nous sur le score du PTB dans notre dernier sondage. Il se retrouve à 10% environ en Wallonie, il perd plus de 4 points par rapport à notre dernier sondage. Et la différence avec d’autres sondages d’autres instituts est encore plus flagrante.

Alors on peut essayer d’expliquer cette baisse sensible. Le contexte, celui du débat autour de l’immigration ou les scandales alimentaires, est moins porteur pour le PTB. La crise Publifin est sans doute un peu passée.

Mais ça n’explique pas vraiment cette baisse. Car au fond, on le sent bien, le succès du PTB a quatre mamelles. Le rejet de l'establishment politique, le sentiment d’injustice socio-économique, l’usure du PS et d’Elio Di Rupo en particulier et enfin la fraîcheur de Raoul Hedebouw. Or, qu’est ce qui a changé dans ces quatre mamelles? La méfiance envers le politique est toujours là, peut-être moins forte qu’il y a 6 mois, mais elle est toujours bien là. Le sentiment d’injustice lié à la crise, toujours là, même si le redressement économique peut le diminuer un peu. On ne peut pas dire que cette mamelle s’est tarie.

Retour de la polarisation

Reste donc du positionnement du PS et du PTB. C’est sans doute ici qu’il y a changement. Le PS, grâce au cdH, peut enfin incarner l'opposition (même s'il est encore au pouvoir à la Fédération et à Bruxelles), et Elio Di Rupo, avec le temps qui passe, incarne moins la gauche austéritaire. En ce sens, c’est une confirmation du fait que le choix du cdH a recréé de la polarisation. Une droite plus à droite, une gauche plus à gauche. Ça aide le PS à retrouver ses électeurs.

Pédale douce

Enfin, reste la dernière mamelle. Raoul Hedebouw est beaucoup moins présent depuis quelques mois. Il a levé le pied, on pourrait presque dire que c’est tout le PTB qui a levé le pied. Pourquoi? Parce que quelque part, le PTB était en burn out, en surchauffe. Comme si 20% et dépasser le PS, c’était un succès trop lourd à porter pour les cadres du parti, pour les structures qui ne suivaient plus les appels à la prise de responsabilité, notamment ceux lancés par la FGTB.

Le PTB s’est retrouvé à ne plus pouvoir distiller son message mais à devoir sans cesse se justifier sur son rapport au pouvoir. Devenu un phénomène de com', une bulle médiatique, le PTB a eu la hantise du feu de paille. La hantise de disparaître plus vite qu’il n’est apparu. Le PTB s’est donc lancé dans un travail de terrain, de formation des militants et des cadres pour espérer durer.

Auprès de certains responsables du parti, ce score de 10% n’est pas vécu comme une déception. Ils jugent que c’est une base plus saine, plus réaliste, où le PTB va moins subir la pression médiatique. Enfin, ils l’espèrent. Reste à voir si 10% constitue un socle pour la gauche radicale ou si la hantise du feu de paille était justifiée.

 

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