Le président soleil

Le président soleil
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Il est presque 08h00 à Versailles. C’est l’heure du petit lever. Le premier valet, qui a passé la nuit au pied du baldaquin du roi sur un lit d’appoint, s’approche de celui-ci et murmure : " Sire voilà l’heure ". Telle commençait la journée de Louis XIV au faîte de sa puissance.

Aujourd’hui c’est aussi l’heure du petit lever a Mons et a Wavre. Pour les présidents de parti du PS et du MR, pas de Baldaquin et de valets, le cérémonial est plus simple. Mais aujourd’hui plus qu’hier et plus qu’après-demain les présidents de partis, sont des présidents soleils, car ils jouissent d’un grand pouvoir, ils vont décider qui sera ministre.

Ils savent que lorsque leur nom s’affichera sur le téléphone d’un prétendant à la cour, le cœur du prétendant s’emballera, sa tension grimpera. Tous ses espoirs et ses ambitions vont se contracter d’un coup d’un seul. Pouce levé ou pouce baissé ? Oui, ils savent qu’ils peuvent changer la vie de leur courtisant en quelques secondes. C’est pour ça que cette période, est souvent caractérisée par la même expression. Le fait du prince.

Fait du prince ?

Alors évidemment, c’est un peu plus compliqué que ça. D’abord tous les partis ne sont pas logés à la même enseigne. Chez Ecolo l’ambiance est beaucoup moins "versaillaise". Les assemblées générales de militants sont impliquées dans la prise de décision. Au début, ces assemblées tenaient d’ailleurs plus d’une assemblée étudiante de 1968. Aujourd’hui leur rôle dans la désignation des ministres est plus encadré. Les présidents y ont un pouvoir de proposition et surtout d’influence. Mais, tout de même limité. On l’a vu lors de la formation du gouvernement Bruxellois, l’assemblée générale a sèchement recalé la candidate proposée par Zakia Khattahbi.

Au PTB, il n'y a jamais eu de désignation de ministre on n’a pas de recul, mais vu la centralisation du parti, on assisterait sans doute à quelque chose d’assez jacobin. Le fait du prince on le retrouve plutôt dans les partis traditionnels, cdH, MR et PS ou les congrès de participation et autres assemblées ne jouent pas de rôle dans la désignation des ministres. C’est une prérogative exclusive des présidents.

Au PS par exemple. Cools, Spitaels, Busquin, Di Rupo, tous ont usé de cette prérogative. Encore aujourd’hui bien malin celui qui voit dans le jeu d’Elio di Rupo. D’autant plus qu’ici il doit se choisir lui-même un avenir. Dernières infos en date de la cour, il irait à Namur comme ministre président et laisserait rapidement la présidence à Paul Magnette, le laissant en tous les cas gérer la négociation fédérale. Mais dans les jardins de l’Elysette, entre deux haies ou s’embrassent des jeunes damoiseaux, vous trouverez des courtisans qui vous souffleront d’autres scénarios.

Le MR n’est pas en reste. En 2014 Charles Michel, a pu la jouer grand prince. Il a désigné un de ses proches, Olivier Chastel à la tête du parti. Il l’a révoqué 4 ans plus tard. Désigner plusieurs de ceux qui lui ont été fidèles à des postes de choix qui se sont parfois avérés très casse-gueule. Hervé Jamar au budget, Jacqueline Galant au transport n’ont pas tenu longtemps.

L’aride solitude du pouvoir ?

Elio di Rupo et Charles Michel vont donc décider seuls. Mais, bien sûr, leur liberté n’est pas totale. Ils doivent en réalité composer avec une série impressionnante de contraintes. Equilibres homme femme, Hainaut liège, sans compter les courants, voire les clans qui existent dans les partis. Cette année-ci, Charles Michel et Elio di Rupo doivent en plus gérer leur propre succession dans leur parti, et la suite de la formation au fédéral. Cela devrait les obliger sans doute, mais on n’est pas dans leur tête, à la jouer un peu plus collégiale.

En attendant Versailles fermera ses portes vendredi matin avec les prestations de serment des ministres wallons. Samedi ce sera le discours du roi, pardon le discours du ministre président wallon aux fêtes de Wallonie.











 

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