Le paradoxe Charles Michel

Bertrand Henne
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Charles Michel est attendu pour sa déclaration de politique générale à la Chambre, cela devrait pour lui être une formalité. La situation politique ne lui a jamais été aussi favorable, mais paradoxe, pour l'instant, il n'en profite toujours pas. 

Sa quatrième déclaration devrait être la plus facile depuis son entrée en fonction. Vous vous souvenez évidemment de la première, extrêmement tendue avec une opposition très remontée. La deuxième et la troisième, elles, intervenaient après des exercices budgétaires très serrés. L'année passée, cela a même conduit au report de la déclaration. Vous vous souviendrez qu’il y a un an, un certain Chris Peeters, Vice-Premier CD&V, avait quitté la négociation pour ne plus revenir. Enfin pas tout de suite, il a fallu aller le rechercher. À l’époque, le CD&V était très fâché de n’avoir pas obtenu sa taxe sur la plus-value. En cascade, plusieurs dossiers étaient restés bloqués. Le Premier ministre n’avait pas grand chose à présenter et ce que tout le monde avait retenu c’était la promesse d’un règlement du dossier Arco, le prix de l’apaisement avec le CD&V.

Cette année le Premier ministre aura donc du contenu à présenter

Oui, du contenu et un début de bilan. Il y a eu l’accord de juillet avec une baisse de l’impôt des sociétés, les flexi-jobs, le pacte d’investissement, tout cela a été possible en repoussant l’équilibre budgétaire. Et puis, il y a un début de bilan, le taux d’emploi qui remonte légèrement, la baisse continue du chômage, une croissance un peu meilleure que prévu. Et il peut ajouter une situation sécuritaire maîtrisée depuis les attentats de Bruxelles.

Face à lui, il aura une opposition disons remaniée. Si rien ne change pour Ecolo et le PTB, l’opposition doit se passer désormais des services de Laurette Onkelinx au PS, et sans doute aussi un peu des services du cdH désormais partenaire du MR en Région wallonne.

La grève de la CGSP, soutien à Charles Michel

L'opposition syndicale est en difficulté. La grève de la CGSP est plutôt favorable au Premier ministre. La CGSP est isolée au sein de la FGTB et les syndicats sont profondément divisés sur la stratégie à suivre pour peser sur la ligne gouvernementale. Cette grève souligne surtout, qu’après trois ans de coalition Michel, la mobilisation sociale s’est émoussée.

Les expulsions illégales s'inviteront à la Chambre

Charles Michel sera mis sous pression à cause de la politique d’expulsion des migrants soudanais, déclarée illégale par un tribunal. Il devra aussi s’expliquer sur certains dossiers bancals comme la taxe sur les comptes-titres, ce pseudo impôt sur la fortune taillé pour permettre l’évasion fiscale.

Des dossiers qui contredisent la ligne de communication du Premier, mais sans le fragiliser grandement.

Le paradoxe pour le Premier ministre, c’est que depuis trois ans, il n'a jamais été dans une situation aussi favorable. Mais que pourtant, côté francophone, il ne convainc pas au delà de son cercle d’électeurs. Les derniers sondages montrent que sa coalition perd des plumes, et n’aurait plus de majorité sauf en y ajoutant le cdH. Il lui reste une bonne année pour parvenir à réaliser ce qu'il n'a pas réussi à faire jusqu'ici: convaincre qu'il servait l'intérêt général et pas seulement celui de ses électeurs. 

 

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