Le no man's land de la démocratie

Le no man's land de la démocratie
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Le no man's land de la démocratie - © Tous droits réservés

On ne sait pas grand-chose des arbitrages en cours dans les négociations pour la formation d’un gouvernement en Wallonie. C’est plutôt bon signe. Car, on le sait, lorsqu’il y a trop de fuites dans des négociations, la confiance ne parvient pas à s’installer. C’est ce qu’on a vécu en 2007 à Val Duchesse. C’est devenu un cas d’école. Les négociations qui rassemblaient les chrétiens-démocrates et les libéraux s’étaient embourbées. Chaque jour voyait éclater sa révélation, son ballon d’essai, sa petite pique contre un partenaire. On sait ce qu’il en est advenu, l’aventure s’est terminée dans un fourré.

On est très très loin de ça aujourd’hui, ce qui laisse penser que les négociateurs Ecolo, PS et MR souhaitent réellement arriver à un accord. On assiste à un véritable contingentement de l’information. Tant au PS, au MR, que chez Ecolo seules les équipes rapprochées des négociateurs sont au courant de ce qui se passe. Des personnalités parfois en vue, comme des ministres wallons en exercice, sont parfois tenues à l’écart. Il est trop tôt pour parler de confiance, mais c’est au moins le signe d’une volonté commune d’arriver à un accord.

Contradiction

Il faut bien reconnaître que ces périodes d’après élections, ces périodes de transition, de négociations sont des no man’s land de la démocratie. D’un côté, il y a la frustration citoyenne, bien légitime, d’être ainsi tenu à l’écart. Celle d’assister à un repli sur soi particratique. C’est d’autant plus marquant que l’on sort d’élections où les partis se sont projetés vers les électeurs avec une orgie de communication.

Mais d’un autre côté, il y a aussi une volonté citoyenne que les partis trouvent enfin des solutions. Transparence et efficacité deviennent contradictoires. C’est pour ça que c’est un no man’s land, un entre-deux où les règles qui d’habitude s’appliquent, comme l’exigence de transparence, de contrôle citoyen, le droit de savoir… sont comme suspendus un temps.

Fragilité d’ECOLO

L’arrivée tardive et subie du MR à la table, n’a pas fait déraper la négociation. Au contraire, c’est avec l’arrivée du MR que la négociation a vraiment commencé. Lorsque le PTB était autour de la table, ou lors de l’aventure coquelicot d’un gouvernement minoritaire, les petites infos arrivaient chez les journalistes par camions entiers.

Cette discrétion est surtout décisive aujourd’hui pour ECOLO. Les négociateurs vont devoir convaincre leur assemblée générale que l’accord est bon. Ce qui n’est jamais gagné chez les verts. Pour convaincre, il faut que les négociateurs puissent raconter leur histoire. L’histoire qu’ECOLO doit raconter, c’est que l’impulsion donnée avec la note coquelicot en juillet se retrouve largement dans l’accord malgré l’arrivée des libéraux. Cette histoire là sera très compliquée à raconter si dans les prochains jours des peaux de bananes sont jetée en pâture. Si on apprend que les aéroports wallons seront encore agrandis, que des armes continueront à être exportée vers l’Arabie Saoudite comme avant, qu’il faut faire un petite cure d’austérité budgétaire.

Si la discrétion est de mise, c’est que le PS souhaite vraiment qu’ECOLO y soit. C’est aussi le signe que le MR estime que c’est aussi son intérêt. Enfin pour l’instant.

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